
Jorge Luis BORGES est un maître, un géant de la littérature dont on ne relit jamais assez l'oeuvre.
J'y puise cette citation, si fréquemment vérifiée dans une vie d'homme, et dans la mienne en particulier :
"Chaque soir est un
port."
Mes lecteurs voudront-ils excuser ce collapsus internautique qui m'a conduit à devenir silencieux, depuis la fin de l'été
dernier, sur ce blog ? Sûrement, tant le dillétantisme dans la gestion de ce site personnel et le caractère souvent primesautier, futile de mes articles ne me permettent
pas évidemment de prétendre à marquer l'actualité ou la réflexion collective...
Les contraintes d'une vie professionnelle intense m'ont éloigné quelques temps du clavier de mon ordinateur. Le moment est venu de renouer avec ce désir qui m'a toujours habité d'écrire mes
émotions, mes sensations, mes humeurs, mes réactions. Dans le foisonnement de l'information et du commentaire, il est vain sans doute de chercher à exister par ses analyses et ses chroniques,
hormis vis-à-vis de proches et d'amis acceptant de consacrer un peu de leur temps à vous lire avec complaisance. Mais il est pour certains nécessaire d'écrire comme pour d'autres de peindre,
de photographier, de composer, de chanter. Je suis de ceux-là...
A bientôt...


Le patron est rablé, un gabarit de petit trois-quart aile; il a la mine sombre, la mine quasi complotière des méditerranéens ombrageux.
Il s'habille en noir, donnant à sa brosse poivre et sel une allure détonnante. On aime, chez lui, à s'appuyer au comptoir, à l'heure de l'apéritif, en attendant nos invités, pour recevoir de
lui, dans un tête-à-tête impénétrable pour l'oreille indiscrète qui traînerait là, un secret d'État du patron : la tendresse des viandes du jour, le Montbousquet 97 à boire à midi...
Oui, notre homme est décidément un personnage, qui sait allier dans un jeu de rôle savoureux comme ses mets l'hôteattentionné et l'impassible témoin de vos déjeuners entre amis, muet
jusque sous la torture.
S'il n'était portugais, on le croirait corse. La table d'Adrien (1), qu'il a ouverte là, 9 rue Volney, dans le quartier de l'Opéra, est, dit-on, un ancien bar à putes, dont
notre homme semble un héritier : c'est à lui déjà que fut due en effet la transformation en restaurant réputé d'un ancien café fréquenté par les jolies dames de la rue de Budapest, à
l'époque déjà lointaine où cette perpendiculaire de la rue Saint-Lazare, accessible par un porche fonçant sous les immeubles, était un incroyable bordel à ciel ouvert.
De tels lieux, ainsi voués à la bonne chair puis reconverti dans la bonne chère, semblent imprégnés par la quête, que dis-je, le culte du plaisir fugace : à la table
d'Adrien, singulièrement, où se dégustent des foies gras épatants, des omelettes ou des brouillades aux truffes, d'exquises tartes poire-chocolat tièdes sorties du four à
l'instant.
Ce plaisir-là confine au charnel, à la caresse, au délicieux abandon à l'ivresse des sens, que les habitués du lieu précédent venaient goûter sous d'autres formes, si l'on ose dire...
Le chef, ici, est une femme et c'est l'épouse de notre aubergiste.
À la table d'Adrien, on mange sur des nappes à carreaux rouge et blanc, d'étoffe rustique, les cravates ne résistent pas aux repas qu'on y fait, elles s'y dessèrrent, col ouvert,
laissant vos hôtes offerts à un discret relâchement méridien, une sorte de négligé du midi, que l'aubergiste tente de prolonger ça et la en salle,ses magnums de cognac en mains,le rosse.
Il faut déjeuner à la table d'Adrien pendant qu'il est encore possible d'y venir sans réserver : voilà une table parisienne comme on aimerait en trouver plus souvent.
(1) la table d'Adrien", 9 rue Volney près de l'Opéra, métro Opéra. Compter entre 30 et 35 euros par convive, vin non
compris
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