Une fois encore, il est stupéfiant de constater combien la médiatisation dans l'instant, sans recul, d'une chaîne de faits constitutifs d'une réalité conflictuelle, inhérente à des relations sociales tendues, a pu empoisonner la résolution d'une négociation sociale et emporter des effets politiques disproportionnés.
Dans cette affaire, Yves Jégo n'a jamais failli à sa mission : il fut, empruntant à la méthode Sarkozy, sur place, dès que la négociation préfectorale montra ses limites, puisque le préfet en place en Guadeloupe depuis quelques semaines s'est avéré dans l'incapacité de résoudre par la négociation le conflit, après 10 jours de grève...
Le Secrétaire d'Etat prit le relais et pilota avec une efficacité réelle les négociations, au point d'aboutir à un projet d'accord dont le Premier ministre jugea souhaitable de vérifier les termes, ce qui semble parfaitement légitime.
Bien sûr, la gestion médiatique du retour très provisoire d'un Secrétaire d'Etat qui avait pris l'engagement de rester dans l'île jusqu'à la résolution du conflit fut-elle notoirement insuffisante, donnant le sentiment d'une "fuite à Varenne" là où il s'agissait en réalité d'une obéissance aux règles hiérarchiques propres à tout Gouvernement.
Mais, les arbitrages rendus par François Fillon, puis ceux rendus par le Président de la République, d'évidence, ne firent que confirmer et valider ceux rendus localement, pendant la négociation, par le Secrétaire d'Etat Yves Jégo.
Oui, l'Etat a bien accepté de définir des contreparties mesurées et compatibles avec les exigneces de préservation de la paix sociale aux Antilles aux efforts financiers que le patronat guadeloupéen accepterait de consentir au niveau salarial.
L'accord que le préfet de Guadeloupe a fini par obtenir des partenaires sociaux et dont il s'attribue la paternité avec opportunité...n'est rien d'autre que celui qu'Yves Jégo, avec 15 jours d'avance, avait réussi à négocier, jusqu'à ce que des éléments du patronat insulaire viennent alerter directement la présidente du MEDEF avec un objectif de dramatisation évident, laquelle alerta l'Elysée sur un comportement, prétendument jugé excessif à l'égard des chefs d'entreprise guadeloupéens, du Secrétaire d'Etat.
C'est d'ailleurs pourquoi, désormais contredite par l'ensemble des autorités de l'Etat, Laurence Parisot, radicalisant son discours, déclare au journal "Le Parisien" de ce jour qu'elle " ne s’explique pas la façon dont l’Etat a agi. (...) Je considère donc que l’Etat n’a pas joué son rôle d’arbitre dans ce qui était à l’origine un conflit du travail", mettant dans le même sac les différents acteurs de haut niveau gouvernemental ayant eu à examiner le dossier ces dernières semaines, qu'il s'agisse du préfet, des médiateurs sociaux dépêchés par le Premier ministre, du Secrétaire d'Etat, du Premier ministre, voire du président de la République.
Cette interview confirme que la vision du conflit qui fut celle d'Yves Jégo dès son arrivée en Guadeloupe était la bonne : il deveint essentiel de dépasser l'archaïsme des rapports sociaux qui met aux prises en Guadeloupe un patronat local à majorité blanche, encore trop marqué par les réflexes inhérents aux dirigeants d'une économie de comptoir, habitués aux situations monopolistiques, avec une représentation syndicale à majorité noire, imprégnée d'une culture des relations sociales fondée sur le rapport de forces et l'évocation compréhensible mais "éruptive" pour leurs interlocuteurs de l'histoire des rapports sociaux aux Antilles, issue de la période de l'esclavage.
Non seulement Yves Jégo apparaît comme l'homme qui avait vu juste à temps, mais désormais comme un interlocteur relégitimé par les dernières étapes du conflit guadeloupéen.
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