
Ce qu'il y a de bien, avec Alvaro URIBE, c'est sa délicatesse. Il a le physique d'un homme urbain, l'allure mince, la lunetterie chaussée sur son visage de technocrate lui donne un air sérieux et maitre de lui-même. Voilà qui contraste avec son voisin vénézuélien, bouillant, bolivarien, amateur des rouge sang, des diatribes d'inspiration castriste, des scènes de foule dont il est le catalyseur.
On imagine Monsieur URIBE regardant avec une satisfaction maîtrisée ces images de télévision où se voyait, montré en spectacle à l'opinion publique
internationale comme un sanglier troué de balles à ailettes, Raoul REYES, n°2 des FARC, dont le cadavre était exhibé par des colombiens des forces spéciales, porteurs de masques blancs, tant le
cadavre puait sans doute déjà fortement... L'image a rappelé étrangement à certains celle de Che Guévara mort, dont des soldats déplacaient le corps, touchaient la
tête, sous l'objectif des caméramen.
On ne saurait imaginer bien sûr que Monsieur URIBE, propre sur lui, impeccable, ait pu donner la consigne, non bien sûr, de laisser se dérouler une exhibition que le patron des FARC,
dans sa jungle, a dû visionner plusieurs fois, pour bien se convaincre du message qui lui était adressé ainsi, par celui dont le père a été tué par les FARC et dont la motivation est claire :
liquider la guérilla jusqu'au dernier de ses combattants, pour laver la mort du padre...Compréhensible, ou, plus exactement humain, trop humain.
Bien sûr, le sort d'Ingrid BETANCOUR, dans un tel contexte, ne peur relever que de l'épiphénomène...pour un
président colombien dont le moteur est l'éradication de la guérilla, quel qu'en soit le prix.
Face à cela, que nous reste-t-il, nous français, pour parvenir à une solution humanitaire pour Ingrid ? Evidemment, la réponse est à Caracas, à Quito, à Brasilia, et certainement pas au palais
présidentiel de Monsieur URIBE, où le parfum de cadavre de REYES flotte encore sur les tenues des officiers venus au rapport, venus donner les détails, les uns en espagnol, les autres en
américain, perhaps ?
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L'élection en Russie de Dimitri MEDVEDEV a été saluée par un communiqué de la présidence de la République évoquant, de mémoire, une "élection convaincante". Assez bel
exercice diplomatique, qui, en deux mots, pas trois, réussit à contenir tout et son contraire; les félicitations d'apparence nettes et une ironie sous-jacente, dans la mesure où le terme
convaincant offre au décrypteur averti de la langue française une interprétation littérale et une interprétation "subliminale", celle par laquelle on ironise sur l'efficacité du système
électoral en vigueur pour la présidentielle russe, puisqu'il permet, le rendant de la sorte "convaincant", de donner une majorité écrasante au candidat du pouvoir... Est-ce à
Jean-Daniel LEVITTE, homme réputé dans les chancelleries pour son brio ou au Président lui-même, qui goûterait ainsi, osera-t-on dire soudain ?- aux joies du langage diplomatique ciselé, que
l'on doit cet exercice de style assez remarquable ?
Nous le le saurons pas de sitôt sans doute mais ce que l'on sait, à l'inverse, c'est que le chef de la diplomatie française, lui, l'excellent Bernard KOUCHNER, qui se présume papa du Kosovo libre
et s'érige en héros, pêle-mêle, des belles causes humanitaires et morales tout autant que de l'alignement atlantique au Proche-Orient, en Iran, en Irak ou ailleurs, déclarait au même
moment, à propos du même évènement, que nous venions d'assister à une élection qui se rapproche du stalinisme :
"Le scrutin, a-t-il déclaré, s'est déroulé à la russe avec une victoire qui était annoncée et les deux hommes sur la Place rouge, c'était
un spectacle assez édifiant de la nouvelle Russie. (...) je crois qu'il est incontestable que la Russie vote très majoritairement et avec des
chiffres très étonnants, pas encore staliniens mais 70% c'est pas mal (...).
On le voit, le french doctor a des potions
diplomatiques à faire mourir un malade... Les relations entre la France et la Russie, ne sauraient se résoudre à des fluctuations inhérentes à l'appréciation par l'occupant du
quai d'Orsay de la réalité des processus démocratiques qui s'y déroulent. La Russie millénaire a connu moins de 25 ans à ce jour d'une démocratie très relative, ce qui
devrait inciter à la pondération dans le commentaire un ministre français.
Sans doute n'a-t-il pas pris le temps d'un coup de fil avec l'Elysée...
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