Certes, la lutte contre la pandémie est un enjeu majeur de santé publique et sa légitimité n'est pas contestable. 

Mais notre société et ses dirigeants n'expérimenteraient-ils pas actuellement  - la crise sanitaire du COVID en étant le fondement - une nouvelle forme d'hygiénisme conçue comme une théorie sociale, que l'on pourrait qualifier d'hygiénisme autoritaire ? Peut-être même inconsciemment ? 
Le port du masque systématisé, dans la rue, dans l'entreprise est présenté comme une mesure nécessaire pour endiguer la propagation de l'épidémie mais vise sans doute aussi à tester le degré d'obéissance - et de résistance à la soumission - des individus à des contraintes jusque-là inédites dans la société française. L'application Stop Covid en est un autre exemple. 
Dans l'un des pays fondateurs, avec la Grande Bretagne, du droit des libertés publiques, ne s'agit-il pas, face à l'imposition de règles restrictives de liberté, dictées, dans la vulgate officielle, par l'ordre sanitaire (cet intérêt public sanitaire "promu" par un État affichant la volonté de protéger le citoyen malgré lui), de mesurer le degré d'obéissance des français ? Ceux-ci sont soupçonnés par leurs dirigeants, soit de manquer aux règles d'hygiène permettant de limiter la progression des maladies infectieuses, soit d'avoir la velléité de s'en affranchir, rebelles à toute autorité qu'il sont suspectés d'être et de ne pas se conformer à la réglementation de circonstance qui leur est prescrite. Après l'épisode des gilets jaunes qui a ébranlé le pouvoir, il y a quand même au sommet de l'État  une latente et sourde inquiétude de résurgence de jacqueries de rond-point...que la gestion étatique de la pandémie de COVID-19 permet de contrôler, de même que les mouvements sociaux qui pourraient naître des ravages créés par l'épidémie de ce printemps.

Le climat actuel, c'est un peu Kafka revisité par les hauts-fonctionnaires des administrations de santé.
"Santé publique France" et la "direction générale de la santé" pourraient être rebaptisés "Hygiène publique France" et  "direction générale de l'hygiène" . 
Mutatis mutandis, la phase présente de gestion de la pandémie, quoiqu'on en dise finissante, nonobstant le rabachage télévisuel et le lavage de cerveaux des chaînes d'info abrutissantes (le nombre journalier de morts du Covid à l'hôpital reste autour de 20 depuis des semaines), relève d'une même philosophie politique que celle en vigueur à la fin du XIXeme siècle, alors appliquée aux maladies vénériennes, qui conduisaient à ficher les syphilitiques et gonococtiques.
Il y eut l'ordre moral; y a-t-il désormais  un ordre sanitaire ?

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