Jeudi 12 juin 2008
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Le dossier de "l'Express" consacré à Rachida DATI est affligeant, vide, d'une pauvreté intellectuelle rare.
Il est du à messieurs Jean-Marie Pontault, Gilles Gaetner et deux de leurs confrères, spécialisés dans les affaires judiciaires, journalistes d'investigation, l'élite de la presse, quoi !
Pages 36 à 48 de l'hebdomadaire daté du 5 juin au 11 juin, et à la Une !
Dossier indigent, bourré de niaiseries, d'infos éventées et rabachées, de tuyaux percés, de ragots ramassés ici et là sur le caractère et les emportements de la ministre, sur des robes YSL
prétendument restituées avec mauvaise volonté au couturier (quel scandale en effet...), des propos de députés aigris sur le soit-disant mépris de la garde des sceaux pour les parlementaires,
etc.
Quand on observe la campagne de promotion éhontée de ce numéro de "l'Express" effectuée dans toute la France en utilisant sournoisement l'image de Rachida DATI souriante, sur les
affiches de kiosque, incontestablement plus seyante que celle du duo Gaetner /Pontault, on est stupéfait, accablé, devant un tel étalage de médiocrité journalistique.
Et l'on s'interroge : ces gens-là, si friands d'infos judiciaires, d'évidence abouchés à quelques magistrats, avocats, policiers de PJ, fourgueurs de scoops et probablement peu soucieux du
respect du secret de l'instruction et de la présomption d'innocence, habitués à clouer journalistiquement au pilori des mis en examen, habitués aussi à passer ensuite sous silence ou à réduire à
la portion congrue l'information sur les non-lieux dont peuvent être l'objet leurs cibles, sentent aujourd'hui qu'il faut viser Rachida DATI.
Ils l'ont prise en ligne de mire parce qu'elle a engagé le chantier présidentiel de la dépénalisation du droit des affaires, parce qu'elle a résisté au corporatisme effarant d'une grande partie
de la magistrature prête à défendre contre toute évidence ses brebis galeuses, ses auteurs d'erreurs judiciaires retentissantes de type Outreau, ses juges des libertés qui relâchent sans suivi
des criminels sexuels aussitôt réinvestis dans le viol et le meurtre ou encore tel procureur mis en examen pour des faits susceptibles d'avoir été commis dans l'exercice de ses fonctions mais
néanmoins toujours aux manettes parquetières.
Peut-être le leur a-t-on d'ailleurs demandé, chez leurs informateurs habituels dans les professions de l'orbite punissante, qui nourrissent pour la ministre une vindicte considérable.
On comprend bien la motivation d'un dossier comme celui publié cette semaine : elle répond sans doute à la logique dite du "prêté pour un rendu", qui est la règle entre ces "gens de bonne
compagnie", je veux dire entre cette espèce-là de journalistes et les "chuchoteurs de secrets" qui les frôlent, dans les couloirs de palais de justice...
Toujours est-il qu'après cette exécution en règle, qui fait sûrement ronronner d'aise dans certaines salles d'audience, dans tels cabinets de juges d'instruction, dans tels parquets, pour le plus
grand bonheur de greffières amoureuses, ébahies par les gloussements de leurs mentors, gageons qu'on redécouvrira bientôt dans les pages de "l'Express" (comme de tant d'autres
publications en application des mêmes échanges de services) des compte-rendus in extenso de PV d'auditions, des morceaux entiers de procédures judiciaires, on l'imagine déjà, sur des
personnalités politiques ou du monde des affaires, bref, que du croustillant, protégé bien sûr par le sacro-saint secret des sources auquel Rachida DATI entend poser quelques limites
raisonnables, oh horreur, crient-ils en choeur !
C'est à vomir, disons-le tout net. Il nous manque un Céline pour s'adresser à ces chroniqueurs en termes choisis, dans un vocabulaire célinien, pour leur dire ce qu'il faut penser de leur
petite prose, posée là sur le papier glacé, encore fumante : c'est d'ailleurs à "l'Express", en juin 1957, que Louis-Ferdinand CÉLINE avait accordé une interview restée
célèbre et qui fit scandale, répondant aux journalistes (Madeleine CHAPSAL et Philippe GRUMBACH) sur un ton qu'ils ne méritaient pas à l'époque, mais qu'eurent mérité Gaetner,
Pontault et consorts...
Florilège : "Votre confort intellectuel veut que vous finissiez dans la peau d'un rentier à quatre-vingt ans, retraité par l'Express." (Longue vie à messieurs Gaetner et Pontault...) ou
encore : "Lâcheté, bonne vacherie humaine. Voyez le supplice de Damien, le régicide. La mathématicien La Condamine était sur l'échafaud, et pendant que le supplicié parlait, il demandait aux
aides-bourreaux : "Qu'est-ce qu'il dit, qu'est-ce qu'il dit ?". Les aides s'agacaient : "Foutez-le à la porte, celui-là, il nous emmerde". Mais le bourreau : "Non, non, il faut le laisser,
c'est un amateur." Nous avons quantités d'amateurs. Bonne histoire pour le journal ! " conclut férocement Céline.
Il y a des journalistes d'investigation, pour ne pas dire tous, qui me font furieusement penser à La Condamine dans la scène célinienne racontée à "L'Express", accompagnée de son
coup de griffe non moins célinien : "Bonne histoire pour le journal !"...
Comme Céline, mais hélas sans sa verve, j'ai suffisamment été harcelé dans une vie antérieure, notamment par des hyènes de feuilles de chou sudistes abreuvées, que dis-je, gavées de
fuites, pour ne plus rien craindre de leurs vilaines morsures : on s'immunise.
Écrire ici librement, sans redouter les représailles, est mon luxe; chacun le sien.
Rachida DATI, quant à elle, apprend au fil des semaines à construire sa carapace... Elle les a aux trousses : qu'elle tienne bon !
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