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"L'homme a fait les mots comme il a fait les ponts : pour enjamber. Comme il s'enchante des ponts, il s'enchante des mots, ouvrages d'art, mais beaucoup moins sûrs..."

Cette phrase magnifique de Roger Munier, qu'on peut découvrir dans "la Nouvelle Revue française" (n° 504, janvier 1995), peut être ici mise en exergue et  résumer l'esprit dans lequel ce blog a été créé, il y a déjà plusieurs mois.
Puissent les mots que j'y emploie, avec maladresse parfois, mais en tous cas avec l'envie de faire partager passions et émotions, convictions et découvertes, humaines, littéraires, philosophiques, historiques, et caetera... être sinon des ponts, du moins de ces passerelles de cordes et de planches, comme on en voit en montagne, qui semblent avoir été  lancées d'un bord à l'autre du torrent, tanguant au dessus du vide sous les pas du marcheur hésitant, mais qui font accéder à d'autres horizons, à d'autres paysages.
Alors, la création de vialattenblog n'aura pas été vaine...

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Découvrez ma "blogosphère", espace de réflexion , de commentaires et d'analyse, qui n'a d'autre ambition que d'exprimer avec spontanéité et franchise des idées personnelles sur l'actualité internationale, sur la vie culturelle et sur les questions de société qui font débat .

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Jeudi 17 novembre 2005

Comment comprendre l'extrème sévérité de la presse française lorsqu'elle commente, ces jours-ci, les cérémonies de commémoration de l'accession, il y a 50 ans, de l'accession de Mohammed V au trône ?

Qu'on lise par exemple la "une" et la page entière qu'y consacrent "le Figaro" d'hier pour s'en rendre compte : le titre n'est-il pas " Les 50 ans du Maroc", réduisant ainsi aux seules cinquante dernières années l'existence d'un pays qui existait pourtant, sous des formes étatiques différentes et dans des limites territoriales plus restreintes , bien avant le protectorat français !

Le portrait très critique du nouveau souverain évite soigneusement de mettre en valeur le chemin considérable que Mohammed VI a fait accomplir aux institutions du pays, à l'économie dont l'ouverture au monde, la modernisation a fait des pas de géant ces 3 dernières années, aux droits de l'homme, à l'exemple du processus de débat national engagé à son initiative à propos des détentions arbitraires du précédent règne,etc.

Evoquer le train de vie fastueux du roi, lequel a pourtant laissé publier par la presse marocaine en 2004 sans réagir ni chercher à l'interdire les montants de ses dépenses aurait pour le moins mérité quelques comparaisons avec le standing de vie de ...monarques républicains , dans le monde arabe ou en Europe!

Soyons juste : "le Figaro" était parmi les plus modérés sur le sujet et reste, en matière de Politique internationale, un de nos meilleurs titres de presse .

 En tous cas, Dominique de Villepin a bien fait d'assister personnellement, au nom de la France, aux cérémonies du cinquantenaire : observer le processus de démocratisation et d'attention aux droits de l'homme du Maroc piloté par "M6" est riche d'enseignements et parfois même de leçons pour la France, "terre des doits de l'homme" pourtant sérieusement épinglée récemment encore à propos de son système carcéral,indigne d'une démocratie moderne.

Par Michel Bertrand VIALATTE
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Vendredi 18 novembre 2005

Dans cette France secouée par une grave crise sociétale, dont les émeutes en banlieue ne constituent qu'un élément, nous ferions bien de tourner nos regards vers certaines expériences étrangères courageuses et porteuses d'avenir.

Ce que vient de vivre la République Française, durant ces trois semaines d'incidents graves et de révoltes urbaines, constitue l'illustration paroxistique de l'échec de trente années de politiques publiques dites " de la ville", qu'elles aient été conduites par des dirigeants de droite ou des dirigeants de gauche.

 C'est le constat d'échec de l'action des institutions en général, l'échec d'un prétendu "modèle social" , l'échec d'une République incapable d'assurer l'égalité.

 Au Maroc, Mohammed VI a eu le courage d'engager, conscient qu'il est des fragilités de son royaume tout autant que de ses forces et de son potentiel, un audit pluridisciplinaire du régime institué il y a cinquante ans par son grand-père, dont il souhaite une évaluation objective sur laquelle il entend baser l'élaboration de " l'initiative nationale pour le développement humain" à l'horizon de 2025.

 Quel est le dirigeant actuel en France, ayant durablement exercé le pouvoir, qu'il soit de gauche ou de droite, qui aurait le même courage de faire auditer le régime, de faire auditer les politiques publiques conduites sous la Vème République ?

 Pauvreté et exclusion sociale, éducation, participation des citoyens à la vie publique, culture, religion, environnement, organisation de l'Etat à l'échelle territoriale, rien n'est exclu de l'audit marocain confié à des personnalités reconnues dont les conclusions sont paraît-il très critiques.

 Face au révélateur qu'a été "la crise des banlieues" et à tant d'autres révélateurs aussi, observés depuis quelques années , pourquoi aucun de nos dirigeants actuels n'a-t-il pris la mesure du défi et proposé de lancer lui aussi, comme le souverain chérifien, " une initiative nationale pour le développement humain" ?

 La réalité est que la plupart d'entre eux est aveuglée par la conviction que notre organisation sociétale est exemplaire, que la France est un modèle à mettre sous cloche, satisfaisant ainsi trop complaisamment le besoin morbide de la partie "protégée " de la population de sauvegarder à tout prix ses privilèges, que "l'Autre" , c'est à dire le voisin , le jeune beur, le chômeur en quête d'emploi, lui donnent le sentiment de menacer.

 Une fois encore, renoncons à se vouloir contre toute évidence porteurs d'exemple et de "modèle" et observons avec humilité les expériences quelles qu'elles soient, et celle du Maroc en particulier : la susceptibilité de nos responsables étatiques, dans une France désarçonnée par le constat d'inefficacité de leurs politiques, dût-elle en souffrir ...

Par Michel Bertrand VIALATTE
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Lundi 27 février 2006
À ce jour, lundi 27 février 2006, vialattenblog, le blog de Michel Vialatte se situe, moins de 4 mois après sa création, à la 17 647 ème place des blogs existants sur over-blog.com., c'est-à-dire qu'il figure aujourd'hui dans le premier tiers du classement des blogs en fonction du niveau de leur fréquentation.

Merci à toutes celles et ceux qui, parmi les internautes fréquentant la blogosphère, ont visité ce blog, créant pour son auteur une motivation toujours plus grande ainsi qu'une exigence toujours accrue de qualité dans la rédaction des textes qu'il y met en ligne.
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Lundi 14 août 2006
Créé il y a 8 mois seulement, Vialattenblog, le blog de Michel Vialatte a franchi en juin le cap des 1000 visiteurs et comptait ( source : statistiques over-blog au 13 août 2006 ) 1114 visiteurs venus fréquenter le site au 12 août.

140 visiteurs/mois en moyenne

2446 pages ont été vues, soit 305 pages par mois et 10 par jour, une moyenne de 140 visiteurs par mois accédant à Vialattenblog, ce qui situe le blog à un niveau de fréquentation très satisfaisant,  puisque plus de la moitié des blogs existants sur la toile connaissent une fréquentation inférieure à 100 visiteurs/mois.

Le record du 10 mai 2005

La journée record fut celle du 10 mai 2006 avec 84 pages vues et le mois record mars, avec 676 pages vues.

Ces chiffres sont un encouragement à poursuivre la tenue régulière de Vialattenblog, conservant la même liberté de ton, la même volonté de faire partager idées et analyses sur les questions de société, sur l'actualité internationale et sur la littérature francophone.

Nous remercions de leur intérêt pour notre blog et de leur fidélité les abonnés à la newsletter, dont le nombre s'est accru également.

Le rythme d'un article par semaine restera, à compter de la rentrée, la périodicité minimale de Vialattenblog.

À bientôt !

Par Michel Bertrand VIALATTE
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Mercredi 12 septembre 2007
Teilhard de Chardin  vu par Charles Vialatte

Charles Vialatte (1887-1973), médecin général et homme de lettres (*), dont a été publié récemment sur ce site un écrit inédit, "
Note sur le problème de la grâce et de la foi", fut aussi l'auteur de bien d'autres travaux de recherche et de publications qu'elle soient à caractère scientifique ou à caractère philosophique et théologique.


Parmi ceux-ci, un essai, "Aperçus sur la pensée cosmologique de Teilhard de Chardin", datant de 1957, donne une nouvelle vision de la personnalité riche, aux multiples facettes qui était celle de Charles VIALATTE. Il nous livre dans cet ouvrage son analyse des grands axes de la pensée teilhardienne à travers une exégèse érudite et brillante de l'oeuvre du grand savant, anthropologue, paléontologue, géologue et philosophe que fut le père Pierre Teilhard de Chardin (**).

Nous publions aujourd'hui ci-après la première partie de cet ouvrage rédigé il  y a cinquante ans cette année. la suite de cette publication sera mise en ligne sur vialattenblog dans les jours à venir.

(*)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Vialatte

(**) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Teilhard_de_Chardin


Aperçus de la pensée cosmologique
de Teilhard de Chardin

Par le dr. Charles VIALATTE


Un admirateur du P. Teilhard de Chardin, Etienne Borne, professeur de rhétorique supérieure, le qualifie de génie religieux et le considère comme l’un des plus grands penseurs chrétiens de ce siècle.
Nous verrons en tout cas que ce grand penseur a ouvert des voies nouvelles à la pensée chrétienne, qu’il a tenté de concilier les exigences de la science avec les aspirations religieuses de l’âme humaine et que son œuvre est regardée comme l’un des plus grands évènements de la vie intellectuelle du demi-siècle.

Nous donnerons un bref aperçu biographique sur le père Teilhard de Chardin, prêtre, savant, géologue et paléontologue hors de pair, dont la carrière a été remplie de pérégrinations à la surface du globe.

Né dans le Puy de Dôme en 1881, il entre dans la compagnie de Jésus en 1899, poursuit des études en Angleterre où déjà il commence à se passionner pour la géologie. Il vient en 1912 à Paris, et après son ordination, il travaille au laboratoire de paléontologie du muséum.
Sa vie scientifique s’oriente après la guerre de 1914-1918. Il devient professeur de géologie à l’Institut catholique de Paris, docteur ès sciences, président de la société géologique de France, conseiller au service géologique de Chine , etc. En 1948, il est directeur de recherches au Centre National de Recherches Scientifiques.

A partir de 1923 commence sa vie errante. Une série de missions scientifiques le conduisirent jusqu’à la fin à travers le monde : Chine, désert de Gobi, Inde, Birmanie, Ethiopie, Java, Afrique, où le poussent ses études paléontologiques.
Chaque fois il en résulte d’importantes mises au point géologiques et paléontologiques. Mais s’il s’est attaché à ces questions au point de laisser derrière lui une œuvre scientifique importante, il s’efforçait d’élaborer, à partir de tous ces éléments, une synthèse afin de réconcilier les données scientifiques avec celles de sa foi, c’est-à-dire à partir de la science aboutir à la religion.
Le père Teilhard de Chardin mourait en avril 1955 à New York où il était attaché au centre de recherches anthropologiques.

Huit mois après sa mort était publié « Le phénomène humain » (1), ouvrage de 350 pages, dont le tirage atteignait en quelques mois 17 000 exemplaires, chiffre extraordinaire pour un pareil ouvrage.
Écrit en 1938, remanié en 1948, nous y trouvons la totalité de sa pensée.



Pourquoi cet ouvrage n’a-t-il été publié qu’après sa mort ? Parce qu’il présente une vision du monde basée sur un postulat fondamental : l’évolutionnisme. Or, pour l’Eglise, il ne s’agit là que d’une hypothèse.
Nous allons essayer de dégager l’essentiel de la pensée de Teilhard de Chardin contenue dans « le phénomène humain ».
Spécifions que l’auteur place en tête du livre un avertissement : il ne s’agit pas d’un ouvrage métaphysique ni d’un essai théologique, mais d’une mémoire scientifique. « Rien que le phénomène, mais aussi tout le phénomène ». Cependant, nous verrons qu’il ne se bornera pas, en tant que savant, à observer et enregistrer les faits, mais il s’efforcera de découvrir leurs rapports mutuels et leur sens profond.


I – La Prévie

« Il y a de cela quelques milliers de millions d’années, non point semble-t-il par un processus régulier d’évolution stellaire, mais par suite de quelque chance incroyable (frôlement d’étoiles ? rupture interne ?…) un lambeau de matière formé d’atomes particulièrement stables se détachait de la surface du soleil… Ce lambeau s’agglomérait, s’enroulait sur soi, prenait figure. Emprisonnant dans son globe et son mouvement l’avenir humain, un astre de plus  - une planète cette fois - venait de naître. » (P.H. p.65).

Et voici la terre qui se façonne ; et voici apparaître le monde minéral.
Mais, à la surface de la terre, la cristallisation ne fut pas totale. Une partie des molécules, sous l’action de l’énergie dégagée par la formation du minéral, au lieu de se fixer rapidement poursuivirent leur évolution et s’associèrent molécule à molécule pour former une molécule plus complexe. Ainsi apparurent les composés organiques formés d’hydrogène et de carbone. Ainsi naquirent ces genres de molécules si proches déjà de la cellule que sont les protéines et les virus.


II – La Vie


Selon Teilhard, il y eut une époque où ces mégamolécules formaient une nappe beaucoup plus dense à la surface de la terre juvénile qu’aujourd’hui. Celle-ci connut donc un état de surtension chimique qui devait atteindre un point critique, à partir duquel il y eut une mutation brusque.
(Ainsi, si l’on chauffe de l’eau, passé un certain degré de chaleur, celle-ci se mue en vapeur ; elle change de nature). De même certains éléments, à force de transformations, franchirent brusquement le seuil critique qui sépare la molécule de la cellule, et la vie apparut.

Comment nous représenter la saute du préconscient inclus dans la Prévie au conscient si élémentaire de ce premier vivant véritable ?

Il est difficile de le faire, car plus jamais en laboratoire, on n’a réussi à faire jaillir la vie.


Les expériences de Pasteur (au sujet de la génération spontanée) ont démontré que dans le champ et les limites de nos investigations, le protoplasma ne se forme plus directement aujourd’hui à partir des substances inorganisées de la terre. Mais, de ce que nous apprennent ces expériences, on ne peut conclure cependant que dans d’autres conditions et d’autres époques le phénomène ne se soit produit. (On peut objecter en effet aux expériences de Pasteur que la stérilisation par sa brutalité détruit en plus des germes vivants qu’elle vise à éliminer les germes « prévivants » dont seule pourrait sortir la Vie.)

« Les derniers progrès de la chimie biologique, écrit Teilhard, commencent à établir la réalité d’agrégats moléculaires qui paraissent bien réduire et jalonner l’abîme supposé béant entre le protoplasma et la matière minérale. Si certaines mesures (encore indirectes il est vrai) sont admises comme correctes, c’est par millions peut-être que doivent s’estimer les poids moléculaires de certaines substances protéiques naturelles, telles que les virus si mystérieusement associés aux maladies microbiennes chez les plantes et les animaux…et il est profondément suggestif de constater que si on ne peut les confondre avec une cellule, certaines de leurs propriétés (notamment leur pouvoir de se multiplier au contact d’un tissu vivant) annoncent déjà celles des  êtres proprement organisés ». (P.H. p.84)… « C’est apparemment que la formation initiale du protoplasma était lié à un état traversé, une fois seulement, par le chimisme général de la terre » (P.H. p. 160)

L’expression de la vie s’est faite à partir des premières cellules. Tandis que dans la matière inanimée, les espèces minérales, la molécule est douée d’une fixité indéfinie, au contraire, la cellule vivante, plus malléable et plus fragile à la fois, a résolu le problème de sa survie en se divisant pour donner naissance à une nouvelle cellule.
Division, multiplication rapide et aussi (c’est aussi très important pour l'évolution) par cette multiplication, possibilité rapide de rénovation puisque la reproduction multiplie sans émietter, puisque, à chaque fois, un tout se reforme à partir du partiel.
Puis, encore, grâce à leur mobilité les cellules sont capables de s’ajouter les unes aux autres, ainsi de se diversifier et de se spécialiser.
Enfin, dernière caractéristique, les renouvellements sont capables de s’ajouter les uns aux autres, les caractères acquis de se transmettre et de s’enrichir dans un sens déterminé.
Le phénomène d’addivité dirigée a été dénommé orthogénèse par les biologistes.

Tâtonnements, ingéniosité, indifférence pour les individus pour progresser selon l’axe de l’évolution : « La vie passe sur un pont de cadavres accumulés ». Ainsi s’accroît la multitude des êtres. Non, certes, dans la confusion, mais dans un certain ordre.

Il se crée dans la masse vivante des faisceaux que les biologistes ont appelé phylums, qui forment des tiges, des lignes d’où procèdent toutes les créatures vivantes.

Le phylum se déploie comme un éventail dont les rayons forment les verticilles. L’association qui caractérisait les cellules se répète pour chaque verticille sous forme de socialisation : troupeau, ruche, termitière. Dans cette association, Teilhard voit le principe de la consolidation et de la perpétuation de chaque espèce.
Parfois, l’évolution stoppée, on voit disparaître le verticille : ainsi ont disparu les animaux préhistoriques, et actuellement encore (sous l’influence de l’homme entre autres) tant d’espèces animales et végétales.
Par contre, sous l’influence de circonstances externes, par effet de mutation, un verticille peut se transformer et donner naissance à un nouveau phylum.
Tel se dresse, pour Teilhard, « l’arbre de vie » (voir schéma).


Quand on considère la multiplicité des phylums on pourrait croire que la vie a tout essayé. En fait, elle a essentiellement essayé dans le même sens, dans le sens d’un arrangement de plus en plus complexe, d’un psychisme plus élevé.


(1) 
Oeuvres de Pierre Teilhard de Chardin, tome I: Le phénomène humain
. Paris: Les Éditions du Seuil, 1956, 348 pp
La suite de cette publication sera très prochainement mise en ligne, sur vialattenblog.over-blog.com ! À bientôt !



Par Michel Bertrand VIALATTE
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Vendredi 14 septembre 2007
Teilhard de Chardin 
vu par Charles Vialatte


Charles Vialatte (1887-1973), médecin général et homme de lettres (*), dont a été publié récemment sur ce site un écrit inédit, "
Note sur le problème de la grâce et de la foi", fut aussi l'auteur de bien d'autres travaux de recherche et de publications qu'elle soient à caractère scientifique ou à caractère philosophique et théologique.


Nous poursuivons aujourd'hui la publication des "Aperçus sur la pensée cosmologique de Teilhard de Chardin" , essai écrit par Charles VIALATTE en 1959. On trouvera ci-après la seconde partie de cet ouvrage rédigé il  y a près  de cinquante ans cette année.

Cet ouvrage
donne une nouvelle vision de la personnalité riche, aux multiples facettes qui était celle de Charles VIALATTE. Il nous livre dans cet ouvrage son analyse des grands axes de la pensée teilhardienne à travers une exégèse érudite et brillante de l'oeuvre du grand savant, anthropologue, paléontologue, géologue et philosophe que fut le père Pierre Teilhard de Chardin (**).


La suite de cette publication sera mise en ligne sur vialattenblog.over-blog.com dans les jours à venir.

(*)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Vialatte


Aperçus de la pensée cosmologique
de Teilhard de Chardin (II)

                                        Par le dr. Charles VIALATTE


III – La naissance de la pensée


La complexification de la matière en Dehors, a entraîné la complexification du Dedans des choses.
Plus la matière subit des mutations, et plus la conscience s’accroît.
La vie nous apparaît, dès son éclosion, comme une lente et irrésistible montée de conscience.
Pour trouver l’axe de l’évolution, il faut se pencher sur cette partie de chaque être vivant dont le développement semble provoquer l’épanouissement de cette conscience, à savoir le système nerveux.
Les fossiles des vertébrés nous révèlent son développement dans le temps, de la masse cérébrale extrêmement réduite de l’énorme Dinosaure de l’ère secondaire, à celle d’un chien ou d’un chat.
On s’aperçoit alors que les psychismes supérieurs exigent de gros cerveaux.

L’expérience nous prouve que plus le système nerveux se complexifie et se concentre dans la masse cérébrale, plus la conscience s’épanouit pour atteindre chez les mammifères son développement maximum ; et, notamment ce qui fait la valeur biologique des primates c’est qu’ils représentent «un phylum de pure et directe cérébration». (P.H. p. 174). Chez eux l’évolution s’est concentrée sur le cerveau. A partir d’un certain degré, il y eut (comme lors de l’apparition des premières cellules) une mutation brusque : la Réflexion naquit. Ce fut le pas critique de la Réflexion. (P.H. p.188).

Il est difficile de retrouver les origines précises de l’homme issu de cette souche des Primates. Nous ne connaissons à l’heure actuelle, aucun type dont on puisse dire : voilà l’homme n°1. En effet, si parmi les Primates, les fossiles nous révèlent plusieurs anthropoïdes fort proches, aucun type n’est encore vraiment homme : préhominien seulement.
Ce type a peut-être totalement disparu. On sait combien sont peu nombreux et fragiles dans leur constitution les premiers types d’une mutation ; par ailleurs, du fait de la dispersion des pédoncules nous ne retrouverons peut-être jamais les origines de l’homme.
Dans son ouvrage où l’on a réuni l’essentiel des conférences, communication scientifique, exposés faits par Teilhard de Chardin, sous le titre «l’apparition de l’homme», nous trouvons une mise au point des connaissances actuelles du paléontologue.
Il a particulièrement étudié les Australopithèques, primates d’Afrique du sud dont les vestiges fossiles ont été recueillis dans la région s’étendant du Transvaal aux lac Victoria et Tanganyka.
Ainsi, ce serait au cœur de l’Afrique que l’homme a dû émerger pour la première fois mais cette opinion n’a pas été exprimée tout d’abord par Teilhard qui s’était primitivement orienté sur la Chine ; et il a participé aux recherches qui ont abouti à la découverte d’un préhominien, le sinanthrope.
Attardons-nous au passage, auprès de cet ancêtre, car sa découverte constitue un jalon important de la paléontologie.
Notre ancêtre le sinanthrope est géologiquement très vieux. Il a dû vivre à l’âge du pléistocène inférieur (début du quaternaire) où on compte le temps par centaines de milliers d’années.
Anatomiquement il fait apparaître des particularités remarquables : face non prognathe, donc pas de menton, ce qui l’assimile au singe, mais cerveau deux fois plus volumineux ; station debout, mais capacité du crâne plus petite que celle de l’homme moderne (1000 cm3 au lieu de 1200 à 1600 ans) détails qui placent dans l’ensemble le sinanthrope plus près des grands anthropoïdes actuels que de l’homme.
Et, cependant, psychiquement quelle place lui assigner ? A côté de lui, on a trouvé grande quantité de cendres et d’os : il savait se servir du feu ; par conséquent avait passé le seuil qui sépare l’instinct de la réflexion.
Son cousin, trouvé à Java (Pithécanthrope) lui est semblable. On appelle les primates des préhominiens.
Au-dessus d’eux, l’homme de Néanderthal ou, pour mieux dire, les rtypes Néanderthaloïdes, dont les plus récents géologiquement apparaissent déjà plus près de nous : têts plus ronde, orbites moins saillantes, fosses canines mieux marquées, menton parfois naissant (P.H. p.221).
C’est sur l’un des rayons des Néanderthaloïdes, sans doute, qu’a germé l’Homo sapiens, l’homme de Moustier, de Cro-Magnon dont sont issues les races actuelles.

En tant que Savant, Teilhard ne peut se prononcer sur l’existence d’un couple originel.
«Au regard de la science qui, de loin, ne saisit que des ensembles, le premier homme ne peut être qu’une foule».
Cependant, il insiste sur l’instantanéité de la mutation : la Réflexion apparut d’un seul coup. (ce qui laisse possible une intervention créatrice).

Donc, né probablement dans la partie australe de l’Afrique, l’homme se met en possession des continents. A partir du néolithique, dès l’aube même de ce temps, il a déjà pénétré en Amérique par l’Alaska.
En même temps il se socialise. Au tâtonnement des instincts succède l’invention liée au développement de la réflexion.
L’hérédité n’est plus seulement physique ; elle devient psychique, et le transfert des caractères acquis s’applique alors aussi au domaine de l’esprit.
C’est dans les lieux particulièrement favorables au brassage des races – bassins du fleuve jaune et de l’Hindus, et plus encore bassins mésopotamien et méditerranéen – que la civilisation a reçu ses premiers épanouissements.
Ainsi, sur l’espace d’un seul million d’années (le dernier), écrit Teilhard, on pourrait dire que la terre a fait peau neuve . A la fin du Pliocène (début de l’époque quaternaire) elle était encore sauvage, sans trace de civilisation ou culture. Aujourd’hui, par contre, où qu’on aille, la présence de l’homme, sous une forme iou une autre est impossible à éviter.
Avec l’apparition de la vie, la surface de la terre avait été peu à peu recouverte d’une nappe vivante (la biosphère) ; avec l’apparition de l’homme s’étend une enveloppe nouvelle, la nappe de la pensée (la noosphère).

Nous avons surgir successivement de la matière la vie, et de la vie l’esprit. Désormais, l’homme se trouve en tête du phénomène cosmique : «L’homme est une flèche lancée en tête de l’Univers».


IV- La Survie

 "Comparée aux nappes géologiques qui la précèdent, l’Humanité est si jeune qu’on peut la dire tout juste née. D’autre part, à observer les rapides développements de la Pensée sur le faible intervalle de quelques dizaines de siècles, cette jeunesse porte en soi les indices et les promesses d’un cycle biologique entièrement nouveau. A la différence des “simples” animaux qui ne parviennent pas à s’organiser en une seule unité biologique à travers les continents, l’homme lui, depuis les premières traces d’outils et de feu que nous connaissons, n’a jamais cessé de tisser peu à peu, une membrane continue de Pensant autour de la terre, la Noosphère".
(P.H. p.308)
Faisant la mise au point de l’état actuel du monde, Teilhard se demande dans quel sens évolue l’Humanité.  Il estime que nous sommes placés justement au point critique : le monde se trouve dans une nouvelle phase de mutation.
A la tribu s’est substituée la patrie ; au-dessus des patries se sont déjà constitués de grands blocs économiques et idéologiques. Le collectif va-t-il donc étouffer le personnel ? Cette solution est une régression qui broie le personnel. Où est l’issue ? Dans une conscience suprême qui puisse englober toutes les consciences et permettre aux personnes de s’épanouir totalement.
Ce point vers lequel irrésistiblement convergent nos consciences que Teilhard désigne sous le terme d’Oméga, cette conscience suprême n’est pas le grand Tout des Panthéistes dans lequel la fusion annihile les personnes. Oméga est un Dieu personnel, «un centre rayonnant au cœur d’un système de centres».
Pour atteindre Oméga, la personne doit s’accroître tout en s’universalisant. C’est l’amour qui doit permettre de réaliser cette synthèse, car par l’Amour la personnalité s’épanouit dans la fusion avec une ou plusieurs créatures.
Toute collectivisation qui n’est pas à base d’Amour «mécanise l’association».

Dans un chapitre de conclusion, Teilhard montre que Oméga se trouve actuellement déjà existant et espérant au plus profond de la masse pensante. Et ici se découvre l’importance du Phénomène chrétien.
«Par l’Incarnation du Christ, Dieu unifie le monde en s’immergeant partiellement dans les choses et grâce à ce point d’appui au cœur de la matière prend la conduite de l’Evolution…
Principe de vitalité universelle. Le Christ, parce que surgi homme parmi les hommes, s’est mis en position, et il est en train depuis toujours, de courber sous lui, d’épurer, de diriger et de sur animer la montée générale des consciences dans laquelle il s’est inséré. Par une action pérenne de communion et de sublimation, il s’agrège le psychisme total de la Terre. Et quand il aura ainsi tout assemblé et tout transformé, rejoignant dans un geste final le foyer divin dont il n’est jamais sorti, il se refermera sur soi et  sur sa conquête. Et alors, nous dit Saint Paul, “il n’y aura plus que Dieu, tout en tous”.
L’Univers s’achevant dans une synthèse de centres, en conformité parfaite avec les lois de l’Union. Dieu, Centre de centres. Dans cette vision finale culmine le dogme chrétien. Exactement, et si bien, le point Oméga, que jamais sans doute je n’aurais osé de celui-ci envisager de formuler rationnellement l’hypothèse si, dans ma conscience, de croyant, je n’en avais trouvé, non seulement le modèle spéculatif, mais la réalité vivante». (P.H. p.327)

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Telle est, dans ses grandes lignes, la pensée de Teilhard de Chardin. Elle pose, entre beaucoup d’autres, un problème important au sujet du rapport intérieur entre religion et sciences naturelles.

La vision du monde, dans la Bible, sur laquelle s’appuient les auteurs sacrés est celle qui était généralement reçue dans le Proche Orient ancien. La terre y est considérée comme le centre immobile de l’Univers, couvert par une voûte céleste où Dieu a établi sa demeure. La terre est l’habitat des humains. Sous l'écorce, le monde des morts.
Le monde a été tiré du chaos primitif en une semaine de temps.
Plus tard la théologie s’est développée au sein des mêmes concepts (pères de l’Eglise, théologie du Moyen Âge).
Puis Copernic et Galilée battent cette théorie statique en brèche.
Plus tard, Darwin, Marx.

Par ailleurs, on s’est contenté de laisser vivre le christianisme et les sciences, dos à dos.
Comme deux mondes qui n’auraient presque rien à voir l’un avec l’autre, et pourtant le chrétien ne sera en repos que lorsqu’il aura pu briser l’isolement de ces deux mondes.
A plusieurs reprises, au cours des dernières années, des philosophes de toutes tendances ont mis en lumière que l’emprise unilatérale de la technique sur la vie, et que le divorce entre la religion et la vie sont parmi les plaies les plus graves de la civilisation actuelle.
Si, pendant des milliers d’années l’homme a vécu avec ses connaissances rudimentaires des phénomènes naturels on peut dire qu’aujourd’hui «la recherche scientifique est sortie des amusements de l’enfance ; elle est devenue l’occupation grave, centrale, vitale, de l’homme adulte».
La foi et la confiance dans un avenir sans limites et une destinée plus haute poussent l’homme plus avant dans ses recherches et ses aspirations ; ainsi est née «une mystique du progrès», qui, au XIXème siècle s’est égarée dans le culte de la matière.
Erreurs du scientisme, et la réaction qui suivit où beaucoup se demandaient avec scepticisme où nous conduit le Progrès. Même Renan, vers la fin de sa vie, s’est laissé aller au scepticisme vis à vis du progrès.


La suite de cette publication sera très prochainement mise en ligne, sur vialattenblog.over-blog.com ! À bientôt !

Par Michel Bertrand VIALATTE
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Jeudi 5 juin 2008
Le site Web du "Figaro" ce soir et celui de l'hebdomadaire "Le Point" ce matin ont annoncé que, dans un réquisitoire en date du 22 mai, le procurueur de la République de Lyon, estimant "réunies des charges suffisantes" à l'encontre d'Éric de Montgolfier, avait demandé son renvoi devant un tribunal correctionnel.

Il n'est pas question ici, quoique le fait soit rarissime, de porter atteinte à la présomption d'innocence (même si cette préoccupation n'a jamais été le souci premier du haut magistrat qui fait ce jour la Une des journaux...) en portant des jugements de valeur sur les faits incriminés.

Il s'agit, on le rappelle, d'une affaire d'acte attentatoire à la liberté individuelle concernant un homme, fut-il délinquant, qui s'est suicidé durant une détention qu'il jugeait abusive puisqu'un juge avait en effet ordonné sa remise en liberté, laquelle n'a pas été suivie d'effet).

La vraie question qu'il est légitime de se poser est la suivante : pourquoi Monsieur Éric de MONTGOLFIER ne s'est-il pas appliqué à lui-même, spontanément, la règle qu'il a veillé à faire appliquer avec intransigeance aux fonctionnaires mis en examen dans le cadre de dossiers pénaux qu'il eût à traiter : à savoir quitter ses fonctions ?

La suspension de fonctions avec maintien d'un demi-traitement est appliquée en effet aux agents publics qui se trouvent mis en cause pénalement dans l'exercice de leurs fonctions.

Tel est pourtant bien le cas du Procureur de la République de Nice, qui a toujours affirmé vouloir donner l'exemple de la rigueur, de la probité, du respect de la règle de droit.

Or, en l'espèce, le procureur de Nice est toujours en poste, plusieurs mois après sa mise en examen et reste donc en capacité de requérir des mises en détention chaque jour dans le ressort de son tribunal ? Il est permis d'en être surpris, et d'attendre de madame Rachida Dati qu'elle fasse connaître sa position sur cette étonnante différence de traitement.
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Vendredi 27 juin 2008
 Albert COSSERY est parti cette semaine, presque sans que nous nous en rendions compte (tant les médias ont été discrets sur ce décès), un peu d'ailleurs comme il était entré dans la vie littéraire francophone du XXème siècle, construisant son oeuvre avec parcimonie mais avec un immense talent, sublimé dans "Mendiants et orgueilleux"(1).
 


Le billet écrit par Georges MOUSTAKI dans "Le Monde" (2)  daté du vendredi 27 juin est émouvant, pudique, nous laissant entrevoir ses ultimes instants, après le malaise, mobilisant ses dernières forces pour tirer une couverture sur son corps décharné, dans un geste d'ultime pudeur : "(...) Comme s'il avait voulu se rendre présentable à ceux qui le découvriraient" écrit Georges MOUSTAKI.

Lui dont la voix s'était éteinte il y a quelques années à la suite d'un cancer de la gorge, s'était habitué à jouir de Paris et du cadre qui était le sien, le café de Flore et Saint-Germain-des-Prés, sans un mot, en silence.

En silence aussi, il nous a quittés, laissant des textes qui parleront longtemps pour lui...




(1) "Mendiants et orgueilleux" d'Albert COSSERY, éditions Joëlle LOSFELD/GALLIMARD http://
www.gallimard.fr/collections/losfeld.htm
(2) "Mon maître Albert" par Georges MOUSTAKI in "Le Monde" du 27 janvier 2008, supplément "Le Monde des livre" p. 2 www.lemonde.fr

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Vendredi 6 mars 2009

Mes lecteurs voudront-ils excuser ce collapsus internautique qui m'a conduit à devenir silencieux, depuis la fin de l'été dernier, sur ce blog ? Sûrement, tant le dillétantisme dans la gestion de ce site personnel et le caractère souvent primesautier, futile de mes articles ne me permettent pas évidemment de prétendre à marquer l'actualité ou la réflexion collective...

Les contraintes d'une vie professionnelle intense m'ont éloigné quelques temps du clavier de mon ordinateur. Le moment est venu de renouer avec ce désir qui m'a toujours habité d'écrire mes émotions, mes sensations, mes humeurs, mes réactions. Dans le foisonnement de l'information et du commentaire, il est vain sans doute de chercher à exister par ses analyses et ses chroniques, hormis vis-à-vis de proches et d'amis acceptant de consacrer un peu de leur temps à vous lire avec complaisance. Mais il est pour certains nécessaire d'écrire comme pour d'autres de peindre, de photographier, de composer, de chanter. Je suis de ceux-là...

A bientôt...


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Lundi 9 mars 2009
Les semaines passent, offrant un peu de recul à l'observateur politique des évènements qui ont perturbé la vie des Antilles.


Une fois encore, il est stupéfiant de constater combien la médiatisation dans l'instant, sans recul, d'une chaîne de faits constitutifs d'une réalité conflictuelle, inhérente à des relations sociales tendues, a pu empoisonner la résolution d'une négociation sociale et emporter des effets politiques disproportionnés.

Dans cette affaire, Yves Jégo n'a jamais failli à sa mission : il fut, empruntant à la méthode Sarkozy, sur place, dès que la négociation préfectorale montra ses limites, puisque le préfet en place en Guadeloupe depuis quelques semaines s'est avéré dans l'incapacité de résoudre par la négociation le conflit, après 10 jours de grève...

Le Secrétaire d'Etat prit le relais et pilota avec une efficacité réelle les négociations, au point d'aboutir à un projet d'accord dont le Premier ministre jugea souhaitable de vérifier les termes, ce qui semble parfaitement légitime.

Bien sûr, la gestion médiatique du retour très provisoire d'un Secrétaire d'Etat qui avait pris l'engagement de rester dans l'île jusqu'à la résolution du conflit  fut-elle notoirement insuffisante, donnant le sentiment d'une "fuite à Varenne" là où il s'agissait en réalité d'une obéissance aux règles hiérarchiques propres à tout Gouvernement.

Mais, les arbitrages rendus par François Fillon, puis ceux rendus par le Président de la République, d'évidence, ne firent que confirmer et valider ceux rendus localement, pendant la négociation, par le Secrétaire d'Etat Yves Jégo.

Oui, l'Etat a bien accepté de définir des contreparties mesurées et compatibles avec les exigneces de préservation de la paix sociale aux Antilles aux efforts financiers que le patronat guadeloupéen accepterait de consentir au niveau salarial.

L'accord que le préfet de Guadeloupe a fini par obtenir des partenaires sociaux et dont il s'attribue la paternité avec opportunité...n'est rien d'autre que celui qu'Yves Jégo, avec 15 jours d'avance, avait réussi à négocier, jusqu'à ce que des éléments du patronat insulaire viennent alerter directement la présidente du MEDEF avec un objectif de dramatisation évident, laquelle alerta l'Elysée sur un comportement, prétendument jugé excessif à l'égard des chefs d'entreprise guadeloupéens, du Secrétaire d'Etat.

C'est d'ailleurs pourquoi, désormais contredite par l'ensemble des autorités de l'Etat, Laurence Parisot, radicalisant son discours, déclare au journal "Le Parisien" de ce jour qu'elle "
ne s’explique pas la façon dont l’Etat a agi. (...) Je considère donc que l’Etat n’a pas joué son rôle d’arbitre dans ce qui était à l’origine un conflit du travail", mettant dans le même sac les différents acteurs de haut niveau gouvernemental ayant eu à examiner le dossier ces dernières semaines, qu'il s'agisse du préfet, des médiateurs sociaux dépêchés par le Premier ministre, du Secrétaire d'Etat, du Premier ministre, voire du président de la République.

Cette interview confirme que la vision du conflit qui fut celle d'Yves Jégo dès son arrivée en Guadeloupe était la bonne : il deveint essentiel de dépasser
l'archaïsme des rapports sociaux qui met aux prises en Guadeloupe un patronat local à majorité blanche, encore trop marqué par les réflexes inhérents aux dirigeants d'une économie de comptoir, habitués aux situations monopolistiques, avec une représentation syndicale à majorité noire, imprégnée d'une culture des relations sociales fondée sur le rapport de forces et l'évocation compréhensible mais  "éruptive" pour leurs interlocuteurs de l'histoire des rapports sociaux aux Antilles, issue de la période de l'esclavage.

Non seulement Yves Jégo apparaît comme l'homme qui avait vu juste à temps, mais désormais comme un interlocteur relégitimé par les dernières étapes du conflit guadeloupéen.











Par Michel Bertrand Vialatte
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