Le puits des citations
Première citation dans cette rubrique, extraitr d'un recueil de textes inédits de Romain Gary, publié le mois dernier dans la collection Folio ( Gallimard )
"
Rien dans la nature ne prouve qu'elle se soucie davantage denotre espèce humaine que des jonquilles.Nous pouvons bien disparaître un jour aussi rapidement et radicalement que des milliers d'aures espèces avant nous. Mais, quoi que nous ayons en commun avec les autres êtres vivants, une seule caractéristique est notre génie exclusif : nous sommes l'unique espèce de la nature à oeuvrer à sa propre destruction."
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Encore une citation de Romain Gary, extraite de "L'affaire homme"( Folio n°4296, novembre 2005 ) :
"Le processus créateur est déclenché chez moi par les morsures quotidiennes de l'histoire."
Par Michel Bertrand VIALATTE
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La citation du jour à méditer est dûe à E.POE et extraite de "Politian" :
" (...) Maintenant, cependant que le Destin approche et que les heures respirent à peine, les sables du Temps se changent en grains d'or."
Je la relève , au hasard de mes lectures, à la bibliothèque d'Histoire des Sciences de la Cité des Sciences à la Villette, lieu où j'aime me rendre régulièrement.
Le regard, entre deux lectures, s'y laisse happer par le mur d'eau qu'on aperçoit à travers les baies, captateur des rêveries et méditations des usagers du lieu, chercheurs, étudiants ou simples visiteurs : "L'eau et les rêves"...
L'architecte a-t-il pensé, en concevant cette mise en perspective, ce vis-à-vis que forme la rive du savoir constituée en quelque sorte par la bibliothèque face à ce fleuve vertical, à l'étonnant accélérateur d'imaginaire qu'est pour le lecteur assis à sa table de travail, la vision d'une eau sans cesse créatrice de formes fugaces et translucides ?
A-t-il pensé à Gaston BACHELARD, dont les livres sont là, sur les rayonnages ?
Les mots d'E.POE me conduisent très loin, au-delà de ces chutes artificielles, vers ces visages aimés de proches, arrivés au seuil du grand âge et que, dans ma rêverie, j'imagine, laissant échapper de leurs belles mains ridées comme d'un sablier, ces grains d'or qu'ils voient fuir avec une fascination mêlée d'angoisse.
...Grains d'or des heures passées avec leurs petits-enfants, ou à contempler l'harmonie des volumes de ces Grandes Ecuries au bord du champ de courses, à l'heure où le soleil éclaire de tons orangés la sculpture de bronze qui, sur le dôme, en capte les derniers rayons...
Par Michel Bertrand VIALATTE
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La phrase du jour, à verser à cette mémoire régulièrement enrichie qu'est "Le puits des citations" de vialattenblog, est empruntée à Paul Léautaud dont on réédite ces jours-ci aux éditions "Le Mercure de France", à l'occasion du cinquantenaire de sa disparition, des morceaux choisis de son journal littéraire.
Marie Dormoy affirma que les derniers mots de l'écrivain mourant furent :
"Maintenant , foutez-moi la paix!"
Philippe Delerm publie d'ailleurs, sous ce titre, une sorte d'éloge de Paul Léautaud qui devrait être en librairie en janvier.
Il m'est arrivé aussi, à certains moments , alors que tout s'effondrait, de reprendre la phrase de ce talentueux misanthrope, dont ne me distingue que l'amour immodéré qu'il avait des chats.
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Mozart vu par Emmanuel Krivine, s’exprimant dans les colonnes de « La Croix » des 31 décembre/1er Janvier :
« Mozart est pour moi une preuve presque tangible de la présence divine. Il est un défi à l’athéisme, un miracle permanent. Vous me direz, il y a eu Vermeer, Chardin et d’autres. Sans doute. Mozart fait partie d’un petit noyau de créateurs qui démontrent l’immanence de l’âme. »
De combien d'écrivains, de peintres, de musiciens, de créateurs et de tant de personnalités en général ai-je lu des interviews ou des écrits témoignant du même élan vers le divin suscité en eux par Mozart ? Nombreux sont ceux qui trouvent en Mozart des raisons de croire et d'espérer.
Il y a là une belle thématique de réflexion pour ceux qui s'intéressent aux sources d'inspiration de Mozart !
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Trois pensées à méditer, au moment où l'ouragan souffle sur le système judiciaire français, déstabilisé par l'affaire d'Outreau :
"
Juger, c'est se juger "
( citation peu connue de Julien GREEN, qu'on découvre dans une bel interview au " magazine littéraire " n° 366, juin 1998 )
" Après les aveux vient le mystère " ( Jean COCTEAU )
" Ne demande que la justice mais mieux vaut encore ne rien demander " ( ALMAFUERTE, cité par J.L.BORGES in "
Préface des préfaces ", éd. Folio, p. 19 : livre sublime, comme tous ceux du
grand argentin, dont la relecture est toujours l'occasion de nouvelles découvertes éblouissantes )
Par Michel Bertrand VIALATTE
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"Capturer l'éphémère pour l'enfermer dans la durée" : telle était la définition splendide donnée par Jacques Lacarrière de l'écriture.
"L'oiseleur du temps" qu'il se disait être nous a quittés le 17 septembre dernier et ses livres, que je réouvre toujours avec le même bonheur, permettent à chacune de leurs pages de vérifier cette belle pensée laissée à notre méditation sur la place du livre dans nos vies...
Par Michel Bertrand VIALATTE
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J'ai repris en mains hier soir "Mort à Venise" de Thomas Mann, lu deux fois déjà et qui me fascine tant...
Je tombai, au hasard des pages feuilletées, vers 22 heures, tout en écoutant de la musique, sur cette phrase :
"...car l'homme aime et respecte son semblable tant qu'il n'est pas en état de le juger "
( p. 76 de l'édition " Le livre de poche" ).
Chaque jeune femme ou jeune homme qui, avancant dans ses études de droit, pense à se présenter au concours de l'école nationale de la magistrature et, par conséquent, envisage de consacrer sa vie, en cas de succès aux épreuves, à juger ses compatriotes justiciables, devrait avoir lu cette phrase de Thomas Mann et l'avoir méditée.
Je suis convaincu qu'elle mettrait un terme à des vocations esquissées sans mûrissement suffisant dans l'atmosphère studieuse et enfumée d'amphithéatres où de prestigieux pénalistes se gardent sûrement de recommander cette lecture...et pratiquent un prosélytisme somme toute compréhensible de leur part.
Elle éviterait à beaucoup de connaître le mal-être dans l'accomplissement de leur métier dont ils invoquent aujourd'hui, pour certains avec franchise ( par exemple une juge des libertés, paraît-il touchante, devant la commission d'enquête parlementaire sur les faits d'Outreau ), le trop difficile exercice pour eux, générateur de doute, de trouble intérieur, de déstabilisation psychologique.
Au fond ceux-là n'ont-ils pas appréhendé trop tard l'équation fondamentale si limpidement formulée par T.Mann ?
Toute société organisée a ses juges, évidemment, en charge de l'exercice de sanctionner l'infraction à la loi, et qui, pour nombre d'entre eux, tentent de le faire avec humanité, c'est-à-dire respect de l'autre : mais l'expérience d'Outreau et tant d'autres regrettablement inapercues ou submergées par le temps passé, donne aux mots de Thomas Mann une résonance presqu' écrasante de vérité.
Je ne pouvais hier soir m'empêcher de la rapprocher de cette déclaration de Robert Badinter s'adressant justement à des étudiants de l'ENM, il y a quelques semaines sur France Inter , dans le cadre de l'émission "Libre cours" d'Anne Sinclair ( C'était le 12 février , je crois ) :
"Je ne pourrais condamner un être humain, ce me serait impossible."
Par Michel Bertrand VIALATTE
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" L'homme sage ne donne pas les bonnes réponses, il pose les bonnes questions ."
Cette superbe pensée de Claude Lévi-Strauss, lue ce matin, me fait irresistiblement penser au processus décisionnel gouvernemental qui a conduit à la crise du CPE secouant ce pays depuis de longues semaines.
Dominique de Villepin l'eût-il lue, le jour - fatal pour lui - où il s'est convaincu d'imposer un projet de CPE qu'il croyait sincèrement d'intérêt national, peut-être la force des mots du célèbre anthropologue l'eut-elle incité à transformer sa conviction intime, d' une bonne réponse à faire passer en force par le 49-3... en une bonne question à soumettre à une sorte de "mini-Grenelle social" dont il se serait approprié le bénéfice politique, quand bien même cette conférence n'aurait pas conduit à la définition de mesures efficaces pour l'emploi.
Ainsi est faite, dans la France d'aujourd'hui, la conduite de responsabilités éminentes par l'homme de convictions qui en a la charge : porté par leur exercice, exaltant, il privilégie la culture du résultat le plus rapide quand la société attend de lui au même moment, mûe qu'elle est par ses peurs et les immobilismes mortifères qu'elle engendre, qu'il déguise l'inaction ou la temporisation permanente, (qu'elle souhaite au plus profond et inconscient d'elle-même), avec les habits trompeurs d'une communication destinée à donner l'effet optique d'un mouvement pourtant inexistant.
Nos hommes politiques les plus habiles et les plus roués vivent à l'aune de la mentalité citoyenne actuelle : faire semblant de bouger, d'être innovant et réformateur, d'appeler à la rupture, de passer d'une thématique à l'autre dans une démarche de gesticulation médiatique productive, continue, inlassable, contribuant à nourrir un discours collectif incantatoire, alors qu'au fond d'eux-mêmes il savent pertinemment que toute tentative de réforme les conduira à l'échafaud, faute d'un assentiment populaire courageux quant à la remise en cause des bases d'un modèle social ( sic ) obsolète mais d'apparence encore sécurisant.
Et la grande masse des français bardés de protections de toutes sortes, fines mouches, savent qu'il ne s'agit que d'incantatoire, parfois talentueux d'ailleurs et ils s'en satisfont : l'apparence est sauve, le pays fait semblant de se mettre à l'heure de la mondialisation.
Ceux-là conquèreront donc alternativement le pouvoir, dans un contexte où la versatilité de l'électorat rend l'alternance quasi arithmétique.
Mais cela n'aura qu'un temps, celui qui nous sépare du constat de notre " exsanguinité "...
Par Michel Bertrand VIALATTE
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