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"L'homme a fait les mots comme il a fait les ponts : pour enjamber. Comme il s'enchante des ponts, il s'enchante des mots, ouvrages d'art, mais beaucoup moins sûrs..."

Cette phrase magnifique de Roger Munier, qu'on peut découvrir dans "la Nouvelle Revue française" (n° 504, janvier 1995), peut être ici mise en exergue et  résumer l'esprit dans lequel ce blog a été créé, il y a déjà plusieurs mois.
Puissent les mots que j'y emploie, avec maladresse parfois, mais en tous cas avec l'envie de faire partager passions et émotions, convictions et découvertes, humaines, littéraires, philosophiques, historiques, et caetera... être sinon des ponts, du moins de ces passerelles de cordes et de planches, comme on en voit en montagne, qui semblent avoir été  lancées d'un bord à l'autre du torrent, tanguant au dessus du vide sous les pas du marcheur hésitant, mais qui font accéder à d'autres horizons, à d'autres paysages.
Alors, la création de vialattenblog n'aura pas été vaine...

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Actualité

Jeudi 29 décembre 2005
Qui n’a pas encore lu le Goncourt 2005 peut attendre sereinement le prochain et faire l’économie d’un achat !

Je viens d’achever cette lecture, soulagé de passer à autre chose…

"Trois jours chez ma mère" de François WEYERGANZ est un exercice littéraire laborieux jalonné de loin en loin de quelques pages attachantes égarées au milieu de dizaines d’autres, qui ne sont, elles, qu’un remplissage péniblement réalisé par un auteur en panne manifeste d’inspiration.


WEYERGANZ a tenté de masquer celle-ci en jouant sur sa réputation de spécialiste d’un genre littéraire brillant et primesautier, d’une sorte de séduisant coq à l’âne littéraire mais qui conduit en l’espèce fastidieusement le lecteur d’un épisode à l’autre, tour à tour sexuel, d’enfance, familial, de voyage, d’introspection, etc.

On reste sur sa faim, laissant tomber des mains -quand on fait courtoisement l’effort de le terminer-, ce patchwork mal cousu …

Mais personne ne sort dupe de l’affligeante traversée de ce livre prétendument baptisé roman : WEYERGANZ est en panne, en panne grave, arrêté sur le bord du chemin littéraire, attendant en vain le dépannage… On aurait presque envie de prendre sa plume et de l’aider à certains moments à achever cette  commande d’éditeur laborieusement effectuée, pour abréger la souffrance de l’auteur devant sa page blanche.

Pire, lorsqu’on sait que ce soit disant roman était attendu depuis plusieurs années par l’éditeur, on se rend compte, soit de l'immédiat besoin d’argent qui a conduit l’intéressé à remettre une copie aussi mineure, minimale, minime, de nature à altérer l’image offerte par l’ensemble de son œuvre , soit de l’intense besoin commercial de l’éditeur, "Grasset", de renouer avec l’attribution d’un Goncourt, dans le cadre du tour de rôle interrompu l’an passé par la désignation d’ "Actes Sud" et de "Le soleil des Scorta", soit plus probablement des deux.

Comment le jury du "Goncourt" a-t-il pu se laisser convaincre d’effectuer le choix de récompenser un ouvrage aussi éloigné du genre romanesque que ces carnets décousus, d'une lecture déchirante en ce qu'elle témoigne du pathétique effort de l’écrivain dans sa tentative de renouer avec l’inspiration perdue ?

WEYERGANZ, grâce aux droits d’auteur procurés par les ventes de Noël des libraires, va pouvoir payer ses dettes sur lesquelles il s’épanche péniblement à plusieurs reprises au fil des pages de son bouquin : on en serait presque soulagé pour lui, tant les passages qu’il y consacre sont affligeants de pesante répétitivité !

Mais il trouvera désormais face à lui, sur les rayonnages de sa bibliothèque , sous forme de livre portant son nom, la preuve imprimée, sinon de l’extinction de son potentiel d’écrivain, de ce gisement jusque-là productif qu’il exploitait, du moins du passage à vide littéraire durable qu’il connaît depuis des années.
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Vendredi 30 décembre 2005
La lecture des journaux français d'hier et d'aujourd'hui n' incite pas à aborder l'année 2006 avec optimisme !

Prenons par exemple "Le Monde" (mais l'exercice peut hélas être entrepris de la même manière avec d'autres quotidiens de ce jour).

Dans son édition datée du 30-XII, il nous apprend en effet, à la Une, que l'Espagne dépasse désormais le Canada par son PIB , nous rappelle que la croissance espagnole a toujours été supérieure depuis 2000 à 3%, c'est-à-dire loin devant le taux français, que ses comptes publics sont en excédent ( 1% du PIB en 2005), et que son taux de chomage est désormais de 8,4%, soit moins que la moyenne européenne et sensiblement moins que la France.

Dans ce même numéro du "Monde" le point de vue de Nicolas Baverez intitulé " La France, l'homme malade de l'Europe" vient confirmer le sentiment partagé par beaucoup d'entre nous que ce pays est miné par ses contradictions internes, par un vrai repli sur soi , par l'anxiété générale d'une population globalement craintive devant la mondialisation, que d'autres peuples d'Europe, pourtant,  abordent dans le même temps avec esprit de conquête et pugnacité.

La France se "décroche-t-elle" du peloton des pays dynamiques?

 L'éditorial du "Monde" ce même jour ( décidément !) semble  en fournir un nouvel exemple en nous apprenant que la France, en matière de politiques environnementales, " fait partie du groupe du fond de la classe (européenne)", là où pourtant l'innovation technologique dûe à nos chercheurs et nos ingénieurs ainsi que le savoir-faire de nos entreprises ( Véolia et Suez ), qui réussissent si bien dans ce même domaine ... à l'étranger, devraient  prédisposer la France à figurer parmi les premiers.

Ce ne sont pas les débats en cours sur la colonisation ou l'esclavage, quels qu'en soit l'intérêt historique, qui  contribueront à insuffler un élan nouveau à ce peuple français en pleine crise existentielle ...
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Mardi 3 janvier 2006
Une sorte de consensus semble se dessiner en ce début d'année pour constater une sorte de "déprime" généralisée des français et chacun y va de ses exemples, de ses remarques, pour abonder dans ce sens.

Les syndicats dépriment, nous dit " Le Monde" daté de ce jour, tandis qu'hier la même publication évoquait le moral des juges, convaincus  d'être dévalorisés aux yeux de l'opinion publique après Outreau ; Alain Juppé, sur son blog, évoque quant à lui ouvertement la dépression française pour aussitôt émettre le voeu qu'elle en sorte en 2006 !

Les réflexes nombrilistes s'aiguisent et chacun croit devoir privilégier une sorte de repli sur soi, sur son pré carré, sur ses acquis, sur ses prérogatives, pour tenter de juguler cette tendance à la "déprime".

De manière paroxistique, beaucoup s'essayent à l'analyse rétrospective et parfois  à la réécriture de notre Histoire, à commencer par les parlementaires, appliquant la tactique du recours au rétroviseur.

Le chef de l'Etat lui-même fait du sujet des délocalisations l'une des préoccupations centrales de ses voeux sur le thème " comment nous en protéger", nourrissant ainsi de facto (il suffit de lire les commentaires de presse sur son message de nouvel an pour le vérifier) l'anxiété générale devant un phénomène qu'aucune barrière nationale ne saurait bien évidemment enrayer, contrairement à ce qu'on laisse croire aux français trop fréquemment.

Bref, voilà ce pays plongé dans les effets dévastateurs de ce trouble maniaco-dépressif, cherchant des issues qu'il ne trouve pas et des leaders qu'il n'aperçoit pas.

Une fois encore, ce qui  fait collectivement défaut, c'est l'insuffisante capacité à aller observer hors des frontières hexagonales les clefs du redressement ou de la réussite qui ont conduit d'autres grands pays ( grands par leurs dimensions ou grands par une Histoire et une culture aussi riches que celles de la France ) à sortir de ce complexe ou à l'éviter.

Engoncée dans ses certitudes, chaque catégorie de citoyens, chaque "communauté", chaque citoyen même, fixe son attention sur le modèle qu'on avait soumis à son "adoration" pendant des décennies et ne voit aucun  salut hors de lui, s'affolant de chacune des atteintes, fut-ce la plus minime, que nos gouvernants tentent d'y apporter , le plus souvent frileusement.

Le modèle social français est porté aux nues, les magistrats s'horrifient de l'idée d'être évalués et pire, de voir leur responsabilité mise en jeu, les syndicats de postiers s'insurgent de la perspective d'élargissement du recours à la concurrence dans leur secteur qu'ils rêvent "sanctuarisé" là où nos voisins ont déjà fait l'effort de libéralisation, etc...

Les exemples pourraient être multipliés.

Prenons l'air, ne serait-ce que sur Internet !

Allons voir les irlandais dont le revenu moyen a littéralement explosé en dix ans; les autrichiens, hier encore eux aussi déprimés, repliés sur leurs souvenirs impériaux austro-hongrois, et désormais en pleine expansion économique et commerciale en Europe centrale où ils savent profiter de l'élargissement; les espagnols, dont le dynamisme est éclatant et les résultats spectaculaires : eux et beaucoup d'autres en Europe ont décidé, avec des méthodes différentes mais un réalisme commun, de faire face à la mondialisation, non pas par le repli mais avec esprit de conquête et acceptation de la remise en cause de nombreux acquis.


Certes des excès ont été constatés, comme ce recours aux travailleurs baltes dans les ports irlandais qui a suscité la colère du personnel local mais le courant général est bien celui-là, quand nous donnons nous le sentiment de nager à contre-courant.

Rien ne vaut l'effort d'internationalisation de nos savoirs et de nos expériences pour  imaginer le sursaut , tout en ayant à l'esprit que des réponses purement nationales à la crise française ne sont plus de mise, hors d'échelle qu'elles sont ou seraient avec les enjeux de modernisation de l'Europe à 25 dans un Monde en mutation si rapide.

A l'heure où j'écris ces lignes, quelques milliers d'élèves ( moins de 5000 assurément ) apprennent au lycée le mandarin...que parlent des centaines de millions de chinois dont la croissance sera de 9,8% en 2005 et l'allemand, sésame en Europe centrale, n'est plus enseigné qu'à une minorité d'enfants scolarisés...

Et vous, déprimez-vous ?


Par Michel Bertrand VIALATTE
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Vendredi 24 février 2006
L’impressionnant bruit de bottes économiques qui s’entend dans le secteur de l’énergie en Europe fait la une de tous les quotidiens français, allemands, italiens ou espagnols cette semaine.

En France, "le Figaro" , dans ses pages "Économie", a divulgué des chiffres passionnants à observer.

Il s’agit du nombre total de salariés, du chiffre d’affaires et du résultat net des principales entreprises européennes concurrentes dans le domaine de l’énergie.

Qu’observe-t-on ? Que les entreprises françaises ont une fragilité majeure qui les menace : le poids de leurs effectifs !

Qu’on en juge :

-    E.ON, le géant allemand, emploie 78 006 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 56,4 milliards d’euros, tandis qu’ EDF emploie 161 310 salariés, c’est-à-dire plus de deux fois l’effectif d’ E.ON, avec un chiffre d’affaires sensiblement inférieur, 46,9 milliards d’euros et un résultat net cinq fois et demi inférieur à celui d’E.ON ( 1341 millions contre 7400 millions )

-    Gas natural, l’entreprise espagnole objet de l’OPA d’ E.ON, emploie 6697 salariés pour un chiffre d’affaires de 6250 millions d’euros tandis que GDF réalise un chiffre d’affaires trois fois plus élevé  (18 100 millions d’euros ) mais avec un effectif  six fois plus important que celui de Gas natural ( 40 000 contre 6 697 ), les résultats nets traduisant la fragilité de GDF, qui obtient un résultat de seulement 1046 millions quand Gas natural obtient, elle, 633,9 millions : Gas natural fait de l’ordre de 60% du résultat net de GDF en réalisant un CA de près de 3 fois inférieur à celui de l’entreprise publique française ! 

Ce qui frappe plus encore, c’est que les exemples de tels écarts sont également observables pour des entreprises privées , telles que SUEZ , d’évidence très menacée par une OPA d’ENEL : 160 712 salariés pour SUEZ contre 64 688 pour le géant italien, alors même que les chiffres d’affaires sont respectivement de 40,7 pour SUEZ contre 36,5 pour ENEL et les résultats nets de 1,8 pour le franco-belge et de 2,7 pour l’italien qui fait donc près d'un millard de plus de résultat net avec un CA pourtant un peu inférieur à celui de SUEZ

La réalité crève les yeux : les entreprises françaises sont, sinon "plombées" du moins obérées dans leur positionnement concurrentiel européen par le poids écrasant de leurs effectifs, aggravés par les coûts sociaux qui grèvent l’emploi en France.

Leur capacité à prendre l’initiative d’OPA sur des concurrents européens s’en trouve profondément altérée voire impossible.

Pire, elles apparaissent à la merci d’OPA de leurs concurrents lesquelles si elles réussissaient , entraîneraient des restructurations massives et des licenciements en nombre pour en  améliorer leur compétitivité.

La France n’a pas fini de vivre au rythme des OPA hostiles et ses salariés d’entreprises opéables dans l’angoisse des lendemains : on paie là le prix du refus de regarder la réalité en face dans ce pays où la préservation des avantages acquis finira par se payer très cher, dans un avenir sans doute très proche...

Qui parle de "modèle social français" ?

Par Michel Bertrand VIALATTE
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Vendredi 10 mars 2006
Les 21èmes Victoires de la Musique ont, comme chaque année, offert aux français, par un froid samedi de mars,  une agréable soirée de variétes, vue devant leur petit écran.

Je n'ai pas fait exception à la règle, en famille, n'étant pas insensible aux nouveautés de la chanson française.

Les média  ont consacré une place assez modeste à cet évènement, y compris "France 2", chaine retransmettrice de l'évènement qui dans ses jouranux du lendemain, effectuait un balayage aussi neutre qu'exhaustif des prix attribués.

"Le Journal du Dimanche" n'a pas manqué photo et titre sur les larmes d'Amel Bent, mais sans excès de mise en page, et "Le Figaro" ou "La Croix" ont focalisé l'un sur Raphaël, l'autre sur Camille.

"Le Monde" quant à lui consacrait un article très documenté, dans son édition datée de Dimanche - lundi 5-6 mars , sur "la galère des jeunes chanteurs" pour parvenir à se faire reconnaître.

Pourtant, le téléspectateur attentif que je fus de ces 21èmes Victoires de la Musique a été saisi par l'impressionnante faille qui semble se creuser dans notre jeunesse et que révèle, de manière assez frappante,  l'éclosion, révêlée par cette soirée, de jeunes talents.

Il y a en effet une césure nette entre une série de jeunes interprètes issus des rangs d'une bourgeoisie aisée ou, en tous cas de milieux intellectuels où les rejetons apprennent les fondamentaux du savoir et l'aisance d'expression et des jeunes talents issus des banlieues, issus de l'immigration, nés dans des familles où la vie fut rude, le savoir acquis en dépit des injustices, voire la liberté d'être soi-même , de vivre en jeune femme moderne, conquise de haute lutte.

D'un côté Camille, célèbre pour ses borborygmes ( mais aussi un vrai sens de l'improvisation théatrale), issue de Sciences-po et qui se paya le luxe de jouer la jeune fille de la rue Saint Guillaume quelque peu mal élevée devant les présentateurs de la soirée; Raphaêl, né à Boulogne dans les Hauts-de-Seine, dont la qualité d'expression, la maîtrise d'un vocabulaire sophistiqué dans ses réponses aux questions des animateurs laissaient deviner un fonds culturel acquis au contact de parents éveillés à ces sujets : l'un avocat d'origine russe et l'autre d'origine argentine; Bénabar, qui semble lui aussi présenter les mêmes caractéristiques sociologiques.

De l'autre, Amel BENT, qui a toujours vécu à La Courneuve où vivent ses parents algériens, Lâm, qui a grandi dans des foyers du 9-3 puisqu'elle a été abandonnée dès son plus jeune âge et qui chante l'émouvante chanson "petite soeur", ou Nadiya, elle aussi issue d'une famille immigrée d'origine algérienne de 7 enfants, dotée d'une rage de réussir qui l'a conduite sur les stades au meilleur niveau national en athlétisme puis sur les plateaux de télé après quelques années de galère.

Ces deux séries de jeunes talents ne parlent pas la même langue : l'une est utilisatrice de mots classiques, d'une langue bo-bo, châtiée, étudiée; l'autre utilise une langue pétrie de mots forgés dans les quartiers, malaxée par la vie rude qu'ils ont connue, imprégnée de néologismes, de verlan, d'inventions sémantiques ou d'emprunts à l'arabe.

Les deux séries ne se croisent pas, ne se mélangent pas, d'évidence ne se fréquentent pas, incarnent deux mondes hermétiques l'un à l'autre.

Les publics non plus ne se mélangent ni ne s'interpénètrent : celui de Bénabar ou de Raphaël est probablement plus étudiant, faits de jeunes vivant à l'intérieur des frontières du périphérique et dans les quartiers pavillonnaires de banlieue aisée; celui d'Amel Bent, de Nâdiya ou de Lâm vit de l'autre côté du périphérique, dans les cités où leur parcours musical, l'émancipation qu'elles incarnent, fait intensément rêver.

Le public de Raphaêl ou de Camille est dans les facs et manifeste contre le CPE avant de se retrouver, le soir, dans des cafés branchés; celui de Nâdiya, de Lâm ou d'Amel Bent va de stage en stage, de petit boulot en petit boulot, de refus d'embauche en refus d'embauche, est envahi par le  scepticisme et la désillusion, à force d'humiliations quotidiennes dans sa tentative de vivre une vie de travail normale.

Ce sont deux jeunesses, deux itinéraires sans convergence, deux univers très différents; une même France pourtant, qui ne peut ni ne pourra se passer ni du talent des uns ni de celui des autres : le visage de Camille maquillé de stylo feutre, et celui d'Amel, au sourire rayonnant et au Rimmel coulant sur ses joues rondes à l'annonce d'un prix reçu aux Victoires de la Musique...

La France des Beurettes aux couleurs d'une Méditerranée des Rives du Périphérique, Naïades de RER, et celle aux yeux bleus d'une Sciences-po taquine et moqueuse, corrosive et drôle.

Comment les rapprocher, comment les amener à se parler et à se comprendre ?

Telle était la question qui me parcourait l'esprit ce soir-là, devant mon poste de télévision, hélas sans réponse immédiate.




Par Michel Bertrand VIALATTE
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Mardi 25 avril 2006
Il y a une sorte de douce quiétude à traverser les jours, en cet avril enfin agréable à vivre, sous des frondaisons naissantes, dans les rues égayées par les tenues printanières de parisiennes de toutes les couleurs, belles images de papier glacé devenant soudain réalité sous nos yeux, à l'heure où un énième débat sur l'immigration fait rage, que nous fait relativiser ces visages bruns, ces visages mats, ces silhouettes métissées qui se fondent dans le flot des passants...

Il y a une sorte de frondeuse quiétude à sortir le matin de chez soi, sans avoir allumé sa radio, sans avoir à l'esprit les images et le présentateur déprimants du JT de la veille, sans s'arrêter au kiosque pour y chercher un journal...

Bref, il y a une gourmande envie en nous de mener le quotidien ensoleillé de ces jours d'espérance que nous offre une saison de sève, de feuilles vert menthe et de tapis de pétales blanches sous les arbres en fleurs de nos avenues, en se tenant à l'écart des superficielles vagues médiatiques du moment, dont bien vite, sourd en nous la claire conviction que rien ne nous prive en ces heures frivoles et délicieuses.


L'actualité fait rage, dans sa vaine répétition des discours les plus éculés, dans ses redites lassantes, dans ses exploitations toujours renouvelées de peurs sourdes et d'instincts tapis, des populismes et pulsions cultivées par les meilleurs montreurs d'ours du moment... et moi je vais, non pas insouciant mais comme retiré du vacarme, désireux de profiter de l'instant printanier et de m'extraire de cette gangue qui semble asphixier la fraîcheur d'un pays  qu'on ne tarde pourtant pas à voir ressurgir au hasard des expressions croisées dans la foule ou dès qu'on fait halte à la terrasse  du café Vauzelle, guettant sur les minois, dans la couleur des étoffes et l'allégresse des démarches presque dansantes de belles en robes à jupons sur l'avenue Daumesnil, la promesse de l'été.
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Vendredi 5 mai 2006
On pense ce que l'on veut de "l'affaire Clearstream" et des allégations qui abondent actuellement sur ses instigateurs supposés, soupçonnés, présumés, désignés, révêlés, exhibés, imaginés, etc...

Mais ce qui est d'ores et déjà avéré à l'heure qu'il est, tandis que se poursuit une instruction judiciaire menée au sens propre et figuré du mot "tambour battant", c'est, non plus la violation du secret de l'instruction, mais sa négation même , érigée en toute impunité semble-t-il, en principe d'action.

Il suffit par exemple d'aller sur le site Web du journal "Le Monde", pour accéder à des dizaines de pages du procès-verbal d'audition du général Rondot (1) c'est-à-dire selon toute vraisemblance à la quasi- intégralité de celui-ci, comme si l'on était assis à une table de consultation dans un palais de justice, et que l'on soit greffier ou auxiliaire de justice, autorisé à s'en imprégner par une lecture méthodique.

Certains média se moulent aujourd'hui avec aisance et complaisance dans le rôle, évidemment usurpé, d'auxilaire de justice...

Telle est la réalité du moment, alors que les membres de la commission parlementaire consacrée à Outreau s'efforcent concomitamment de réfléchir à un projet de réforme de notre système judiciaire !

Sans doute ce nouvel et édifiant exemple les incitera-t-il à s'interroger sur le travail de justice désormais effectué, au stade des instructions judiciaires, au moins autant dans la presse que dans les palais de justice et cabinets de magistrats instructeurs.

Voilà qui entraîne, comme durant l'affaire d'Outreau, mais cette fois-ci au plus haut niveau de l'Etat, la désignation à la vindicte et à l'opprobe de "coupables" (sic) non pas présumés mais littéralement affichés à la "une" ainsi qu' en pages intérieures de maintes publications et dont on a grand peine à concevoir qu'elle n' impacte pas irrémédiablement le cours de l'instruction puis  celui, éventuel, d'un jugement, au détriment, naturellement, du justiciable montré en place de grève médiatique durant de longs mois, voire de longues années...
 
(1) 26 pages exactement, consultables à la sous-rubrique "verbatim" du dossier "affaire Clearstream : trucages, corbeau et enquêtes cachées" du site web " lemonde.fr" et encore téléchargeables sous le n° 767926_rondot-verbatim.pdf à l'heure où nous mettons en ligne cet article, ce 5 mai.
On savourera la mention sybilline qui précède la publication de l'audition : "
Le texte ci-dessous est la transcription du procès-verbal original, établie par la rédaction du Monde."
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Jeudi 22 juin 2006
La République française se veut exemplaire dans le domaine des droits de l'homme et de leur respect sur l'ensemble de la planète.

Il ne se passe pas une journée sans qu'un haut responsable de l'Etat, un homme politique de gauche comme de droite, des journalistes et des intellectuels  n'invoquent 1789, la Déclaration des droits de l'Homme, l'antériorité française en cette matière pour dénoncer des atteintes aux droits humains dans tel ou tel pays.

Quotidiennes sont les  leçons de bonne conduite données par eux à des dirigeants étrangers jugés peu respectueux des valeurs que nous revendiquons comme étant des valeurs fondatrices de notre système républicain.

Par leurs voix, la France se trouve ainsi érigée en donneuse de leçons de démocratie comme de respect des principes sacrés qui sont inscrits dans la "Déclaration Universelle des Droits de l'Homme".

Ces éminents "docteurs ès droits de l'Homme", ces dispensateurs inlassables de leçons sont là, confortablement installés sous les ors de leurs palais nationaux, sous les sunlights de télévisions ou radios, dans le confort douillet de leurs bureaux ou dans l'atmosphère investigatrice et enfumée de leurs salles de rédaction, sûrs de leur bon droit dans l'exercice de flagellation qu'ils pratiquent à l'égard des tristes sires attentant de par le monde aux droits les plus élémentaires de l'individu.

À la minute où ils s'expriment, ces contempteurs ( qu'on imagine évidemment profondément sincères et désintéressés ) de régimes politiques quels qu'ils soient qui meurtrissent et humilient, ne peuvent pourtant ignorer qu'à deux pas de là, à leur porte, sur le territoire d'une République française dont ils invoquent, dans leurs discours incantatoires, les mânes des pères fondateurs, s'accomplissent  d'inadmissibles pratiques.

À cette minute-là en effet, démarrent dans l'enceinte d'une prison, de deux prisons, de 10 prisons,  de 100 prisons françaises des fourgons cellulaires , qui en franchiront bientôt les portes pour véhiculer dans des conditions abominables, non sans similitudes avesc les transports de forçats sous l'Ancien Régime, des détenus.


Est-il acceptable de continuer à prétendre donner aux autres des conseils voire des leçons de droits de l'Homme alors qu'au moment où on les dispense, des hommes sont brinquebalés dans des fourgons ancestraux, vétustes, pour certains hors normes de sécurité et de contrôle technique ?

Est-ce acceptable, au moment où des détenus, attachés deux par deux, entravés l'un à l'autre par les chevilles, avec de grosses chaines archaïques et par ailleurs menottés, sont à l'intérieur de ces fourgons bétaillères enfermés dans des cellules métalliques de la taille d'une petite cabine téléphonique, mal ventilées, où l'été, les malaises ne sont pas rares ?

Comment peuvent-ils ignorer, nos docteurs ès droits de l'Homme, qui savent tout sur les atteintes à la dignité humaine au Ghana, au Timor oriental, en Ouzbekhistan, en Transnitrie, qu'entre les Baumettes et Grasse, qu'entre Fresnes et Clairvaux, à la minute même où ils professent leurs thèses  "droitsdel'hommistes", des hommes sont traités ainsi, sans qu'ils en disent un mot, un seul mot dans leurs doctes et magistraux discours ?

La réalité est que la plupart d'entre eux n'ignorent pas cela mais s'en foutent : ils ne veulent surtout pas savoir, ils ne veulent pas voir l'évidence.

Ils préfèrent faire semblant d'ignorer car savoir rendrait impossible de leur part la délivrance de leurs messages humanitaires, de leurs "appels au monde", de leur invocation rituelle de "l'Universalisme" des principes et valeurs françaises au nom desquelles ils font carrière, ils cherchent à se faire un nom, au nom desquelles ils font leurs notoriétés minuscules d'apôtres républicains de la défense des opprimés.


L'indécence est là : dans cette arrogance d'une intelligentsia française qui se veut émettrice de recommandations et d'admonestations quand, sous ses fenêtres, on traite des hommes aussi mal.

Quelles qu'aient pu être les raisons qui ont conduit des individus derrière des barreaux, rien ne justifie qu'ils puissent être traités avec irrespect de leur dignité d'homme ; rien ne justifie qu'on se taise sur leur sort et que continuent ces transports indignes, inhumains, attentatoires aux droits de l'Homme ici même, en France, en 2006.

Tous les gardes des sceaux successifs l'ont su, ont eu connaissance de ces inadmissibles conditions de transport de détenus, de transferts de ceux-ci de maisons d'arrêt vers des centres de détention ou des centrales, des risques permanents d'accidents de la circulation qui transformeraient ces êtres enchaînés par les chevilles et les poignets en torches vivantes ou en suppliciés.

Tous l'ont su et le savent  : Élisabeth GUIGOU, Dominique PERBEN, Pascal CLEMENT, et leurs prédécesseurs aussi ainsi que toute la hiérarchie administrative qui "dégringole" en cascade jusqu'au plus fraîchement nommé des directeurs de maisons d'arrêt locales.

Nombreux sont les hauts fonctionnaires ayant dirigé l'administration  organisant ces transports à le savoir, à accepter de laisser se dérouler encore ces inacceptables déplacements sans ciller.

Quand humanisera-t-on les conditions de traitement des hommes et des femmes qui les subissent sur le sol français ? Quand ?

Qu'au moins, les pythies des droits de l'Homme à la française se taisent par décence, ou par crainte de se ridiculiser, car il est impudent de prétendre s'ériger en parangon de vertu républicaine quand sur la terre des droits de l'homme ou prétendument telle, de telles méthodes d'un autre âge continuent à exister.

J'entends déjà les objections sur le thème de la prévention des évasions et sur le thème " on l'ignorait " : j'en sourirais, si ne me venait aussitôt à l'esprit l'image abjecte de l'homme entravé, humilié, qui, à l'heure où s'écrivent ces lignes, est en route,  d'une prison l'autre.

Je mets ici au défi quiconque de démentir l'existence, dans la France de 2006, de la réalité et  du scandale de ces transports spéciaux.
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Jeudi 29 juin 2006
La France vit à l'heure de la coupe du monde.

Plus exactement, les français commencent à faire vibrer leur fibre nationale après avoir participé pour nombre d'entre eux à l'ironie, aux sarcasmes, aux railleries à propos de leur équipe nationale, attitude largement inspirée puis relayée par la presse.

"Vae victis" devient en français " malheur aux vaincus désignés d'avance ", ceux promis à l'échec par des faiseurs d'opinion
qui, dans ce pays, ont décidé d'appuyer systématiquement sur tout ce qui fait mal et de renoncer à mettre en évidence ce qui fait du bien !

il faut la foi enfantine d'un garçon de 10 ans que je connais bien, non encore nourri au lait médiatique mais tout simplement attaché avec candeur et conviction à son équipe de France dont il collectionne les autocollants à l'effigie des joueurs, pour ne s'être pas laissé aller depuis le début de la coupe du monde à la moindre critique, au moindre doute.

Mais tout bascule depuis mardi : avec sa capacité inouïe à défendre tout et son contraire, toute pudeur évacuée et, oserais-je dire, toute honte bue, les commentateurs portent aux nues ceux qu'ils vouaient hier à un échec assuré.

Les magasins de maillots sont dévalisés et recommandent des stocks du n° 10...les affaires reprennent : la versatilité de l'opinion reste une valeur sûre de la sociologie...

Pour ma part, je reste fidèle durant cette coupe du monde à RMC et au média radio.

Tout simplement magnifiques y sont les commentateurs des matchs, qui savent  traduire en mots , en cris, en onomatopées, en intonations, au moyen même de leurs extinctions de voix dont ils parviennent à profiter encore dans une ultime exploitation des cordes vocales, leur passion pour le football et leur talent pour commenter les rencontres.

J'ignore leurs noms, je les écoute dans ma voiture, à la maison ; qu'importe la qualité du poste de radio sur lequel on les capte, pas besoin d'écran plat, de télé dernier cri.

Non, le vieux Blaupunkt de mon auto suffit à permettre la libération sur les ondes de cette joie du foot communicative, grâce à laquelle il m'arrive aussi de  participer à ces moments mondialisés de liesse collective, et de déception  parfois, lorsque perdent les équipes qui avaient nos faveurs : pauvres "éléphants" de Côte d'Ivoire dont j'ai entendu sur RMC le récit, minute par minute, de la défaite.

Alors, vive RMC et nos bons vieux postes de radio ! Et rendez-vous samedi, sur leurs ondes !
Par Michel Bertrand VIALATTE
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Mardi 25 juillet 2006
Nous vivons à nouveau un été chaud.

La courbe des températures observées en France depuis le début du mois de juillet, établie par Météo France et publiée par le journal « La Croix » de ce mardi 25 juillet, , révèle qu’en juin de cette année la maximale atteinte en 2003 a été dépassée ( 33,5 ° le 13 juin 2006 ) et qu’il en a été de même en juillet à deux reprises ( 32,9° pendant la première quinzaine le 3-VII et 37,4° pendant la seconde, le 19-VII).

Il n’est pas question ici de répéter les consignes de prudence, bien légitimes, dispensées tous azimuts en ce moment : tel n’est pas l’objet de ce blog.

À l’inverse, il me semble souhaitable de recommander ici à toutes celles et tous ceux qui s’intéressent aux problématiques environnementales et aux questions de développement durable, de se comporter en observateurs vigilants de la nature et des comportements humains durant cette période de canicule dont il n’est pas possible, en l’état des connaissances scientifiques en météorologie, de prévoir l’évolution au-delà de quelques jours.

Ce qui est sûr, c’est qu’en raison des effets induits par l’activité humaine, et ce même si celle-ci se trouvait brutalement et fortement réduite, notre planète vivra dans les cinquante prochaines années des phénomènes récurrents du type de ceux que nous avons vécu en 2003 et qu’à partir de 2050, le réchauffement de la terre sera significatif et générateur d’effets multiples sur les espèces et les écosystèmes.

Il faut donc nous préparer à cette évolution et y préparer nos enfants.

Participons donc à notre échelle, aussi modeste soit-elle, à l’observation et à l’analyse des micro phénomènes repérables quotidiennement dans notre environnement immédiat : mettons à profit la période estivale, qui permet de prendre du recul par rapport aux exigences du quotidien, pour nous montrer à l’écoute de la nature.

Pensons aux exemples donnés par un Théodore Monod, avec ses célèbres carnets ou  par un Konrad Lorenz avec ses oies.

Pensons aussi à celui, contemporain d’ un Emmanuel Le Roy Ladurie dont l’examen des écrits de voyage d’un Thomas Platter ou des registres de récoltes tenus dans des villages français au fil des siècles constitue une illustration de l’utilité de l’observation empirique, faite il y a des siècles par des hommes qui ne pouvaient en deviner alors l’exploitation qui en serait faite un jour par un grand historien.

Soyons nous aussi, à une échelle évidemment plus modeste et empirique,  les observateurs d’un quotidien exceptionnel, celui d’une France à nouveau touchée par la canicule : écrivons, photographions, dessinons, herborisons…

 Toute trace des effets produits par cette chaleur élevée et durable sur les espèces vivantes, leur comportement, leurs pathologies, leur migration, leur mode de vie, leur disparition parfois est à un double titre intéressant à conserver, à consigner :

-    d’une part, cet exercice nous conduit à développer l’acuité de notre regard d’observateur de l’environnement, à accroître notre capacité à repérer des modifications, même d’apparence bénignes, des écosystèmes que nous avons sous les yeux, favorisant ainsi une plus grande proximité dans la relation de nous-même au lieu où nous vivons.

Jardins privatifs, rues de Paris, parcs et jardins publics, animaux de compagnie, personnes de notre entourage confrontées à la canicule, tout est propice à l’observation.

-    d’autre part il nous oblige à poser des diagnostics, à décrire des situations ou phénomènes inédits puisque les températures que nous connaissons n’avaient jamais été atteintes, de mémoire de météorologiste en tout cas ; bref, à favoriser une prise de conscience accrue des conséquences inéluctables pour la biodiversité de situations climatiques jusque là inconnues que nous vivons.


Enfin, au cœur de l’été, tandis que s’agglutinent sur des plages de Méditerranée tant de touristes insouciants, se livrer à cette discipline du carnet d’observation, de l’écrit, du croquis, du dessin, de la photographie, de l’herborisation, revêt un caractère quelque peu rousseauiste, suranné, hors du temps !

 Aller visiter l’abbaye de Chaâlis où la galerie Jean-Jacques ROUSSEAU, au deuxième étage, permet de découvrir les herbiers du célèbre auteur du « Contrat social » ou procéder à la relecture des « carnets » de Théodore MONOD, écrits dans le Sahara au milieu des années vingt, nous rendra humble dans la réalisation de nos relevés mais nous tracera la voie qu’il faut tenter de suivre…

Par Michel Bertrand VIALATTE
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